J’aimerais vous révéler la thérapie la plus efficace dont j’ai pu être témoin au cours des 6 dernières années passées à accompagner les chemins du deuil.
Simple, à la portée de tous, elle panse le deuil sans l’intervention d’aucun thérapeute, d’aucune carte vitale, sans même avoir à sortir de chez soi…
L’écriture, car c’est de cela dont je veux vous parler aujourd’hui, a permis à des milliers de personnes d’exprimer les émotions les plus silencieuses, de les épuiser avant qu’elles ne les étouffent, les isolent et finissent par les détourner du chemin de la vie.
En ce sens j’ai vu les mots faire de véritables miracles.
Mettre des mots sur les maux du deuil
Pour vous parler de ces mots qui soignent je préfère donner la parole à une personne admirable dont j’ai eu la chance de croiser le chemin : Laetitia Lycke, une jeune maman qui a trouvé dans l’écriture d’un livre sur le décès de son premier enfant la plus poétique des thérapies.
> Lire le témoignage de Létitia
Si je suis si admiratif de Laetitia ce n’est pas uniquement pour la qualité de sa plume mais surtout pour le courage dont elle a fait preuve après le décès de son enfant. Elle a osé rompre le silence, osé mettre des mots sur ce deuil sans nom, osé parler de la mort.
Car, pour m’y être essayé, je sais à quel point il est difficile d’écrire sur la perte.
Si les mots ont le pouvoir de mettre la peine à distance, écrire le récit de son chemin de deuil nous rappelle inévitablement à la réalité de la perte. Poser des mots sur cette blessure du coeur, c’est se replonger dans ce que nous avons de plus intime, c’est une expérience authentique où l’on ne peut tricher.
C’est pourquoi dans les premiers temps, l’écrire peut faire peur. La crainte de rendre l’absence plus tangible en la marquant à l’encre est légitime.
Pourtant selon moi, la poésie reste à travers les époques, la plus belle façon de faire vivre les souvenirs, de tracer les contours de notre traversée du deuil, de réaliser le chemin parcouru et apporter un peu de lumière à celles et ceux qui affrontent la perte.
Pourquoi l’écriture aide à traverser le deuil
L’écriture thérapeutique n’est pas qu’une pratique intuitive — elle est documentée. Des chercheurs comme le psychologue James Pennebaker ont démontré que consacrer 15 à 20 minutes par jour à coucher ses émotions sur le papier réduit significativement les symptômes de stress, améliore le sommeil et renforce le système immunitaire.
Dans le contexte du deuil, écrire remplit plusieurs fonctions essentielles :
- Externaliser la douleur : la sortir de soi pour la poser ailleurs, lui donner une forme visible et donc moins envahissante.
- Maintenir le lien avec le défunt : continuer à lui parler, à lui raconter sa vie, à lui dire ce qu’on n’a pas eu le temps de dire.
- Tracer son chemin : en relisant ses propres mots, on mesure la distance parcourue, on voit que l’on avance même quand cela semble impossible.
- Donner du sens : l’écriture oblige à mettre en ordre des émotions chaotiques, à chercher le fil qui relie les jours.
Retranscrire ses émotions sur le papier peut devenir une formidable manière de les vivre pleinement, de s’en libérer, et d’épuiser les plus violentes d’entre elles. Comme si le flot des larmes faisait glisser les mots sur le papier, rendant l’écriture moins douloureuse.
Les 5 formés d’écriture thérapeutique pour le deuil
Que ce soit sous la forme d’un texte écrit au défunt, d’un dialogue, d’un poème, d’un journal intime, l’écriture est un fabuleux moyen pour devenir acteur de son travail de deuil. Voici les cinq formés les plus apaisantes :
1. La lettre au défunt
Écrire directement à la personne disparue, comme si elle pouvait lire vos mots. Dites-lui ce que vous n’avez pas eu le temps de lui dire, exprimez votre colère, votre tristesse, votre amour. Cette forme d’écriture libère des noeuds émotionnels profonds et permet de continuer le dialogue au-delà de la mort physique.
2. Le journal de deuil
Tenir un journal au quotidien, sans obligation d’élégance ni de style. L’objectif n’est pas de bien écrire, mais de déposer. Date, quelques phrases sur ce que vous ressentez, ce qui vous à traversé dans la journée. Au fil des semaines, le journal devient le témoin fidèle de votre traversée.
« Je tiens, depuis le début, un journal de deuil dans lequel j’exprime mes ressentis de la journée écoulée, et dans lequel, aussi, je m’adresse à mon amour. Cela m’aide à décharger ma révolte, ma colère. »
— Témoignage du forum Les Mots du Deuil
3. Le poème ou la prose libre
La poésie n’est pas réservée aux écrivains. Quelques mots mis les uns après les autres, sans règle ni rime forcée, peuvent capturer l’essence d’un souvenir mieux qu’une longue narration. Laissez les mots venir naturellement, sans les juger.
4. L’écriture des souvenirs
Racontez des moments partagés avec le défunt. Une soirée, une habitude, une expression qu’il utilisait toujours. Ces récits de mémoire construisent progressivement un recueil de vie qui honore la personne disparue et garde vivante sa présence.
5. L’écriture en communauté
Écrire sur un espace de partage comme le forum de deuil est aussi une forme d’écriture thérapeutique. Partager sa peine avec d’autres personnes qui comprennent, recevoir des réponses bienveillantes — cela transforme l’écriture solitaire en dialogue réparateur.
Comment commencer à écrire sur son deuil
Pas besoin de talent littéraire. Pas besoin de trouver les mots parfaits. L’écriture thérapeutique fonctionne précisément parce qu’elle est imparfaite, honnête, brute. Voici quelques exercices concrets pour commencer :
- L’exercice des 10 minutes : posez une minuterie sur 10 minutes et écrivez sans vous arrêter. N’effacez rien. Laissez couler. Ce qui sort n’a pas à avoir de sens.
- La lettre d’au revoir : écrivez à votre proche tout ce que vous auriez voulu lui dire. Brûlez-la, gardez-la ou partagez-la — le choix vous appartient entièrement.
- Les trois mots du jour : chaque soir, notez trois mots qui résument comment vous vous êtes senti(e). Simples. Sans explication. Progressivement, ils forment la carte de votre deuil.
- Le souvenir de la semaine : une fois par semaine, racontez un souvenir avec le défunt. Un paragraphe suffit. Ces petits récits sont précieux pour la mémoire et pour le coeur.
Il y a mille et une manières de vivre son deuil, l’écriture est l’une d’elles. Je vous souhaite sincèrement de trouver la vôtre dans les mots ou ailleurs…
La plus efficace des thérapies durant le deuil
Je vous propose de terminer avec un poème que j’ai récemment découvert. Il m’a permis de prendre conscience de l’origine de mon émerveillement pour les mots et à l’égard de tous ceux qui tentent de faire oeuvre de leurs blessures du passé.
« Tout oeuvre digne de ce nom, un poème, une musique, une peinture, une sculpture, tente de transformer la solitude en ouverture, la souffrance en communion, les cris d’appel en chant, chant qui résonne par-delà les abîmes creusées par la séparation et la mort. »
— François Cheng
Questions fréquentes sur l’écriture et le deuil
Faut-il être doué en écriture pour que cela aide ?
Non. L’écriture thérapeutique ne demande aucun talent littéraire. Ce qui compte, c’est l’honnêteté de ce que vous posez sur le papier, pas la forme. Des phrases courtes, des mots simples, des pensées désordonnées — tout cela est parfaitement valable et souvent plus libérateur qu’un texte soigné.
Que faire si l’écriture me rend plus triste ?
Il est normal que les premières séances d’écriture ramènent des émotions douloureuses. Si cela devient trop envahissant, arrêtez-vous et faites une pause. L’écriture doit rester un espace de libération. Vous pouvez aussi commencer par écrire sur ce que vous aimez de la personne, ses qualités, les bons souvenirs.
Peut-on utiliser l’écriture en parallèle d’un suivi psychologique ?
Absolument. L’écriture thérapeutique est un excellent complément à un accompagnement professionnel. Elle permet de préparer les séances, de continuer le travail entre deux rendez-vous, et de tracer l’évolution de votre état émotionnel semaine après semaine.
Combien de temps faut-il écrire chaque jour ?
Des études montrent que 15 à 20 minutes par jour suffisent pour en ressentir les bénéfices. L’essentiel est la régularité, pas la durée. Même quelques phrases quotidiennes ont un effet mesurable sur le bien-être émotionnel à moyen terme.
Vous consultez ce forum en silence sans jamais oser écrire ? C’est peut-être aujourd’hui l’occasion de poser quelques mots, de partager un peu de votre peine avec des personnes qui traversent aussi la perte d’un être cher. Votre témoignage sera lu avec bienveillance.