La période des fêtes de fin d’année est souvent redoutée par les personnes en deuil. Noël, le réveillon du Nouvel An, les repas de famille — autant de moments qui portaient la joie d’être ensemble, et qui deviennent, après une perte, des rendez-vous douloureux. Les chaises vides, les traditions qui semblent creuses, les congratulations du monde entier qui contrastent avec votre douleur intérieure.
Vous n’êtes pas obligé de « faire comme avant ». Voici comment traverser cette période à votre rythme.
Pourquoi les fêtes sont particulièrement difficiles en période de deuil
La douleur du deuil suit rarement un chemin linéaire. Mais certaines périodes la réactivent avec une intensité particulière : les anniversaires, les fêtes de famille, et plus que tout, les fêtes de fin d’année.
Plusieurs raisons expliquent cette intensité :
- Le contraste entre votre douleur et la joie ambiante — les publicités, les décorations, la musique de Noël créent une atmosphère festive qui peut sembler cruelle quand on porte un deuil.
- L’absence symbolisée — les traditions familiales étaient souvent partagées avec le défunt. Les préparer sans lui rappelle sa disparition à chaque étape.
- La pression sociale à « être heureux » — on attend des endeuillés qu’ils participent, sourient, fassent semblant. Cette pression épuise.
- Les anniversaires de deuil — pour certains, le décès d’un proche est survenu pendant les fêtes, ce qui donne à cette période une charge émotionnelle supplémentaire.
« Le premier Noël sans papa a été un cauchemar. Tout le monde faisait semblant que tout allait bien. J’ai tenu jusqu’au dessert, puis je me suis enfermée dans là salle de bain pour pleurer. » — Forum Les Mots du Deuil
Vous avez le droit de traverser les fêtes à votre façon
La première chose à s’accorder : la permission de faire différemment. Vous n’avez pas à reproduire ce que vous faisiez avant. Vous n’avez pas à participer à tout. Vous n’avez pas à être « courageux » pour les autres.
Quelques principes qui peuvent vous aider :
- Anticipez plutôt que de subir — réfléchissez à l’avance à ce que vous voulez ou ne voulez pas faire. Avoir un plan, même minimal, aide à ne pas se retrouver submergé.
- Communiquez avec vos proches — dites ce que vous pouvez et ne pouvez pas faire cette année. Les gens proches comprendront souvent si vous expliquez.
- Prévoyez des sorties — si un repas de famille devient trop lourd, il est utile d’avoir prévu comment partir sans drame (« j’ai besoin de rentrer tôt »).
- Gardez de l’espace pour vous — du temps seul, ou avec des personnes avec qui vous n’avez pas à « tenir ».
Honorer le défunt pendant les fêtes
Beaucoup d’endeuillés trouvent une aide dans le fait d’intégrer le défunt dans les fêtes — plutôt que d’essayer de faire comme s’il n’avait jamais existé. Voici quelques façons de le faire :
- Une place symbolique — certaines familles laissent une place vide à table, ou posent une photo, une bougie, un objet significatif.
- Un moment de souvenir partagé — prendre quelques minutes pour parler de lui, partager un souvenir, écouter une de ses chansons préférées.
- Maintenir une tradition qui lui appartenait — préparer son plat favori, déballer un cadeau qu’il avait offert l’année précédente, reproduire un geste qu’il faisait.
- Un geste pour lui — allumer une bougie en son souvenir, écrire une lettre, faire un don à une association qui lui était chère.
« On a mis une bougie allumée devant sa photo toute la soirée. On a parlé de lui, on a ri de ses blagues. C’était triste, mais ça faisait du bien de ne pas faire semblant qu’il n’était pas là. » — Forum Les Mots du Deuil
Si vous ne voulez pas fêter cette année : c’est votre droit
Certains endeuillés préfèrent s’éloigner complètement des fêtes pour la première — ou les premières — années. Partir en voyage, rester seul, passer Noël d’une façon radicalement différente — tout cela est légitime.
Ce n’est pas un refus de la vie. C’est une façon d’honorer votre deuil à votre rythme. Les fêtes reviendront les années suivantes. Il n’y a pas d’obligation à souffrir en public cette année-ci.
Prendre soin de vous pendant les fêtes
La période de fêtes peut être physiquement et émotionnellement épuisante, même sans deuil. En période de deuil, la vigilance est encore plus importante :
- Le sommeil — respectez votre besoin de repos. Ne vous forcez pas à rester debout jusqu’à minuit si vous êtes épuisé.
- L’alimentation et l’alcool — les fêtes vont souvent de pair avec une consommation d’alcool accrue. L’alcool peut alléger momentanément la douleur mais amplifie souvent la tristesse le lendemain. Soyez attentif à votre consommation.
- L’activité physique — une marche, même courte, peut aider à traverser les moments les plus difficiles de la journée.
- Le soutien — si vous avez accès à un thérapeute, un groupe de parole ou une ligne d’écoute, n’hésitez pas à y recourir davantage en cette période.
Pour les enfants en deuil pendant les fêtes
Si vous avez des enfants qui ont aussi perdu quelqu’un, les fêtes posent des questions supplémentaires. Faut-il faire semblant que tout va bien pour eux ? Maintenir les traditions à tout prix ?
La réponse des spécialistes du deuil de l’enfant est généralement : restez honnête, à leur niveau. Les enfants comprennent et acceptent la tristesse mieux qu’on ne le croit. Leur permettre d’exprimer leur tristesse, de parler du défunt, d’avoir un geste pour lui — c’est leur rendre service pour leur propre deuil.
Après les fêtes : le contrecoup
Beaucoup d’endeuillés vivent une aggravation de leur douleur dans les jours qui suivent les fêtes. L’adrénaline de la période est retombée, les proches sont repartis, le quotidien reprend — et la douleur est parfois encore plus vive qu’avant.
Anticipez ce moment. Prévoyez quelque chose de doux pour les jours qui suivent Noël ou le Nouvel An — une activité qui vous fait du bien, du temps avec quelqu’un de bienveillant, ou simplement la permission de vous reposer après l’effort que représentent les fêtes.
Noël a toujours été une période éprouvante pour nous même au moment où ma mère était encore en vie, ma mère n’aimait pas noël non plus, les dernières années, nous ne nous réunissions même plus à noël alors que nous nous voyions à d’autres moments très régulièrement, je me sens particulièrement fragile à cette période et c’est tous les ans pareil, je compte les années de deuil, le 3 janvier prochain, cela fera deux ans que ma mère est morte…
Sa voisine et amie est en train de mourir cette année à l’hôpital, il a fallu que je revienne dans le service où était ma mère et passer devant la chambre où elle est morte, pour aller voir cette amie, j’ai eu cette force mais lorsque je suis passée devant la chambre, c’est comme un tourbillon qui s’est emparé de moi et un certain vertige. Finalement, la voisine s’était trompée de service et elle était dans un autre bâtiment en oncologie, mais il a fallu quand même que je revienne dans le service et repasser devant la chambre de ma mère, un clin d’œil de sa part ?
Martine.
Très bien présenté
Mon expérience du deuil aurait pu être tragique sans votre programme. Vous l’avez embellie, oui je peux dire (sans vouloir heurter les sentiments des nouveaux endeuillés ) que votre suivi a rendu le deuil « une belle » expérience par rapport à ce qu’elle aurait pu être dans mon cas.
Merci.