Perdre un enfant : vivre le deuil d'un parent, du couple et des frères et sœurs | Les Mots du Deuil

Perdre un enfant : Être un parent en deuil

Apprivoiser la perte de son enfant

Perdre son enfant est une expérience tragique. Aucun mot ne peut exprimer ce déchirement, cette sensation d’étouffer, d’être écrasée par la souffrance.  Quelle qu’en soit la cause, le drame apparait toujours injuste, inacceptable, impensable. « Ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses », un enfant ne doit pas mourir. La détresse des parents n’a pas de mots.


« Après la mort de Marc, j’ai compris de l’intérieur cette réaction des rescapés des camps de concentration : j’avais le sentiment de vivre une expérience tellement effroyable, qu’elle resterait indicible parce que personne ne pourrait jamais là comprendre ». Témoignage extrait du forum d’entraide


« Plus rien ne sera comme avant », sentir ses rêves et ses projets d’avenir s’effondrer

Avec son enfant, on redécouvre le monde qui nous entoure, on vit au gré de ses joies et ses peines, on s’émerveille devant ses trouvailles, on retrouve une part de sa propre jeunesse.

L’instant où l’on constate que la vie s’est échappée du corps de son enfant fait franchir une étape sans retour. Tout s’effondre, les rêves, les aspirations et projets d’avenir que celui-ci portait. Et on sent confusément que plus rien ne sera comme avant. Un large pan du sens donné à son existence est emporté avec sa mort.

« Pourquoi ? »

Une réaction habituelle et naturelle consiste à vouloir retracer les circonstances de la mort. Pour comprendre ce qui s’est passé. Il s’agit de s’interroger sur les responsabilités éventuelles et trouver une explication à une situation inacceptable.

Un sentiment de honte, de culpabilité peut émerger : « je n’ai pas su garder mon enfant vivant», « c’est de ma faute, je n’ai pas réussi à le protéger ». L’impression de ne pas être parvenu à jouer son rôle de parent protecteur, de ne pas avoir pu empêcher ce qui est arrivé. Ces remises en question peuvent être renforcées par des remarques et maladresses de l’entourage. Lorsque la douleur se fera moins vive, lorsqu’on recommence à rire, on peut également se sentir coupable d’éprouver des moments de plaisir avec l’impression de trahir son enfant défunt.

La colère contre soi, contre les autres est également souvent présente. Par exemple, contre le corps médical qui a échoué dans sa mission.

Maintenir la communication dans le couple

Perdre un enfant est une épreuve pour les parents mais aussi pour le couple qu’ils peuvent former.

D’une part, chacun exprime et vit différemment son deuil ce qui peut conduire à de solides incompréhensions. D’autre part, les périodes de chagrins et de déprimes de chaque parent n’évoluent pas au même rythme. Lorsque l’un và un peu mieux, l’autre est au plus mal et inversement. Ce décalage, s’il n’est pas pris en compte, peut être source de reproches et de malentendus absurdes. Chacun pouvant avoir le sentiment d’être le ou la seul(e) à souffrir.

La vie sexuelle du couple se trouve également perturbée. Les besoins de l’un pourront s’amenuiser voir disparaitre tandis que pour l’autre, ils pourront s’exacerber. Il reviendra à chacun de s’adapter à l’autre afin que le couple retrouve progressivement un équilibre.

Le silence et les non-dits peuvent détruire la relation. Écouter son conjoint et lui partager ce que l’on ressent limite les difficultés relationnelles.

Quelques conseils pour traverser la perte d’un enfant :

  • Choisissez des activités qui vous font du bien (activité professionnelle, bénévole, ou loisirs, tels que la philosophie, la poésie, la lecture, la musique, le sport, la marche, le jardinage)

  • Autorisez-vous à ressentir vos émotions et à les exprimer librement

  • Acceptez de recevoir de l’aide de vos proches

  • Évitez de vous isoler dans votre peine

  • Parlez de votre enfant autant que vous en avez besoin, avec des personnes qui savent vous écouter

  • Évitez de vous condamnez et de croire que vous êtes coupable de quelque chose

  • Évitez de culpabiliser lorsque vous riez.

  • Découvrez une personne à qui vous pourrez exprimer ce que vous ressentez sans vous sentir critiquer, juger

  • Acceptez de vos proches ne soient pas parfaits et qu’ils puissent être maladroit

  • Attendez avant de prendre des décisions importantes comme un changement professionnel ou la vente de sa maison

  • Ne noyez pas votre douleur dans les médicaments ou l’alcool

Les frères et sœurs : les enfants oubliés du deuil

Lorsqu’un enfant meurt, l’attention se concentre naturellement sur les parents. Mais les frères et sœurs vivent eux aussi un deuil intense, souvent dans l’ombre. Ils ont perdu leur compagnon de jeu, leur complice, parfois leur figure protectrice. Et ils doivent faire face à quelque chose d’immense alors que leurs propres parents sont effondrés.

Certains enfants endossent alors un rôle d’adulte prématuré pour « ne pas rajouter de peine ». D’autres développent des troubles du comportement, des régressions ou des angoisses de mort. Il est essentiel de :

  • Parler avec les enfants de la mort de leur frère ou sœur, avec des mots adaptés à leur âge.
  • Les inclure dans les rituels funèbres s’ils le souhaitent.
  • Les rassurer sur le fait qu’ils ne sont pas responsables.
  • Maintenir une attention à leur vécu propre, pas seulement à travers le prisme du parent endeuillé.

Si vous sentez que vos autres enfants souffrent en silence, n’hésitez pas à consulter un pédopsychiatre ou un psychologue spécialisé dans le deuil de l’enfant.

Trouver un soutien adapté après la perte d’un enfant

Perdre un enfant est un deuil à part. La plupart des groupes de soutien au deuil généralistes ne permettent pas toujours aux parents de se sentir compris dans la spécificité de cette perte. Il existe heureusement des ressources dédiées :

  • Les associations de parents endeuillés : comme « Le Phare Enfants-Parents » ou « L’Enfant et la Mort », qui proposent des groupes de parole spécifiques.
  • Le forum des Mots du Deuil : espace d’échange entre personnes en deuil, avec des centaines de parents qui partagent leur expérience.
  • L’accompagnement psychologique : un psychologue spécialisé en deuil traumatique peut être indispensable face à cette perte.
  • Les groupes de deuil périnatal : pour les parents qui ont perdu un bébé en cours de grossesse ou à la naissance, des accompagnements spécifiques existent.

« Ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses. Et pourtant, nous sommes des milliers de parents à vivre avec cette réalité. Le forum m’a montré que je n’étais pas seule, et que d’autres avaient trouvé un chemin — pas pour oublier, mais pour continuer à aimer. »
— Témoignage issu du forum Les Mots du Deuil

Questions fréquentes sur le deuil d’un enfant

Est-ce que le deuil d’un enfant dure toute la vie ?

La douleur de perdre un enfant ne disparaît jamais complètement — et c’est normal. Mais elle évolue. Avec le temps et l’accompagnement adapté, de nombreux parents témoignent d’un apaisement progressif. Non pas un oubli, mais une capacité à porter l’absence différemment, à côtoyer le manque sans y être entièrement submergé.

Comment parler de son enfant décédé sans blesser les autres ?

Vous n’avez pas à vous censurer. Parler de votre enfant est votre droit, et c’est une façon de le maintenir vivant dans votre mémoire et celle des autres. Si certains membres de votre entourage sont mal à l’aise, c’est leur difficulté — pas la vôtre. Entourez-vous de personnes capables de l’entendre.

Y a-t-il un « bon » moment pour consulter un psychologue après la mort d’un enfant ?

Il n’y a pas de délai à respecter. Vous pouvez consulter dans les jours qui suivent le décès ou plusieurs mois après. Dès que vous sentez que la souffrance est trop lourde à porter seul, que vous avez du mal à fonctionner au quotidien, que le couple ou la famille en souffre — c’est le bon moment.

Comment aider un parent endeuillé après la perte d’un enfant ?

La présence est plus précieuse que les mots. Ne dites pas « je comprends » si vous n’avez pas vécu cela. Dites plutôt « je suis là ». Proposez de l’aide concrète (courses, repas, présence). Parlez de l’enfant disparu — beaucoup de parents redoutent que leur enfant soit oublié. Nommez-le.

2 réflexions sur “Perdre un enfant : Être un parent en deuil”

  1. 2ans, que Bastien a fini de souffrir de son glioblastome. Je et nous , son père, son amie, sa sœur jumelle, son frère ainé ,les grands-parents,les para-médicaux chaque jour, chaque nuit nous l’avons accompagné pendant 15 mois. En 2005 déjà, nous l’avions accompagné dans une bouffée délirante qui avait été guérie après 1an et demi de traitement. Je ne croyais pas à cette guérison, et j’étais au commande de ces maladies; j’étais infirmière je devais le sortir de ces maladies. S’il avait pu finir ces études, rencontrer son amie, vivre avec elle, continuer l’arbitrage de foot, je sentais sa fragilité que j’ai toujours portée: dans ses études, par exemple, ses chutes, ses « petites maladies » , son traitement aux hormones de croissance…
    pour la tumeur cérébrale, je savais que je n’avais aucune chance de le sortir de là. Nous lui avons donné de l’amour beaucoup, c’est tout ce que l’on pouvait faire, et je me suis battue chaque jour afin que le médecin passe, que les résultats des prises de sang arrivent sur le bon bureau, que les irm soient interprétés à la consultation (1OO km) de notre domicile, le faire rentrer à l’hôpital quand cela été nécessaire (port à cath mal placé)mais la méningite carcinomateuse a eu le dessus sur ce corps malade malgré la volonté qu’il avait dans sa réeducation. Il ne voulait (ne pouvait voir ) le reste : cette tumeur qui lui crée angoisse, crise d’épilepsie.. je ne saurai jamais s’il a senti son départ, il n’a rien dit. Pince sans rire jusqu’au bout.
    Je cherche où il a bien pu s’envoler: j’ai lu, des témoignages, Christophe André, les évangiles, La vie et mort des tibétains, Frédéric Lenoir….
    Je commémore le 28 mai 2011 avec et autour d’un repas familial,amical, voisins. je suis sous anti-dépresseur,smonnifères,anxiolytiques et mon psychiatre ne veut pas changer le traitement, ni le diminuer d’ailleurs.
    Mon mari est parfois patient, parfois non.
    Je suis d’après les papiers officiels grand-mère d’une petite Mila que sa maman (sœur jumelle, et psychiatre)
    affectionne le plus au monde.
    Je suis aussi fille d’un papa qui a déclenché un Alzheimer après le décès et d’une maman avec qui je n’ai pas été trop proche, âgée, fatiguée de soigner, de se lever la nuit, de laver…
    Mais cette nuit, un rêve m’a renvoyer a une possibilite de folie jusque là non existencielle: j’étais poursuivis par de gens avec couteaux, mon mari était blessé et nous faisions tout pour nous échapper à travers des portes que l’on refermer derrière nous. Sur cela vient se greffer une musique « zen » que j’écoute parfois dans la chambre de Bastien qui s’est mise en route seule: cet appareil est débranché car je ne sais pas faire fonctionnér les boutons.
    Voilà, ce matin, je me dis que j'(ai les plombs qui sautent) et je ne teléphone à personne: les uns travaillent et non pas à subir mes soucis, d’autres sont fatigués bref. Sauriez vous où mon deuil en est: phase par exemple.
    Je vais au cimetière chaque jour, entretien mon jardin, fais du tai chi, tricote (un sms de ma fille m’a dit: tricote grand-mère) alors j’ai appris. L’envie souvent de rejoindre mon ange, mais je le sens loin, en voyage, et pas envie forcement de se « coltiner » sa mère. « Laisse-moi, m’échapper » m’a t-il dit dans un des seuls rêves après le décès que j’ai fait de lui.
    Voilà, pardonnez moi de vous avoir embéter, ce matin, je me « sentais en dehors de la chaussée ».
    Pardon,
    Claudine Bautrait.
    Ps; je soutiens l’ARTC en faisant des petites actions, jai fait imprimer un écrit sur Bastien, sa fragilité, sa maladie, son combat, sa volonté, son humour ses passions.

    1. Bonjour Claudine,
      Merci pour votre témoignage, votre histoire est bouleversante. Sachez que vous êtes au bon endroit, en plus du contenu de ce site, vous trouverez sur le forum un espace de paroles et de soutiens : https://motsdudeuil.fr/Forum-deuil

      Vous cherchez à mieux comprendre, à trouver du sens par vos lectures, vous vous êtes trouvée des occupations et des rituels, vous soutenez par des actions concrètes l’ARTC et c’est très bien. Toutefois essayez d’aller au delà de vos réticences à en parler à vos proches et à solliciter leur aide. On a souvent peur de les déranger, mais il faut comprendre que nos proches n’osent pas proposer leur aide, parce qu’ils ne savent pas quoi faire et craignent de se montrer maladroit. En sollicitant leur aide, vous leur offrez l’occasion de vous témoigner leur affection et cela vous fera du bien.

      Je vous encourage, si vous ne l’avez pas fait, à appeler une association, qui peut vous offrir une aide précieuse : https://motsdudeuil.fr/lignes-ecoute-deuil-permanances

      Puisse votre chemin s’apaiser.

      De tout cœur,

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut