Forum Les mots du deuil

Comprendre et vivre son deuil => Vivre le deuil de son conjoint => Discussion démarrée par: Dina le 13 Octobre 2026 à 21:49:29

Titre: Après le suicide de l'homme que j'aimais, une culpabilité qui me dévore
Posté par: Dina le 13 Octobre 2026 à 21:49:29
J'ai perdu l'homme que j'aimais et je suis rongée par la culpabilité

Bonsoir à toutes et à tous,

Le 23 septembre 2026, j'ai perdu l'homme que j'aimais. Il a mis fin à ses jours.

Avant de le rencontrer, cela faisait onze ans que je n'avais pas été en couple. J'avais choisi de me consacrer à mes enfants et à moi-même. Et puis, la vie avait fait que je n'avais jamais rencontré quelqu'un qui corresponde réellement à mes attentes. Jusqu'à lui.

Nous avons partagé deux années de notre vie. Deux années d'amour, de complicité, de fous rires, de tendresse, mais aussi de difficultés. Avec lui, j'avais découvert un homme qui me comprenait, me soutenait, m'encourageait et m'aimait comme je n'avais jamais été aimée.

Le 4 septembre, j'avais décidé de me séparer de lui. Non pas parce que je ne l'aimais plus, mais parce que certaines situations étaient devenues trop lourdes à porter mentalement. J'avais besoin de souffler, de me retrouver un peu.

Pourtant, nous nous étions revus les 17 et 21 septembre. Nous avions renoué, retrouvé notre complicité, partagé des rires, de la tendresse et des moments intimes. Nous étions toujours profondément amoureux l'un de l'autre.

Il me disait qu'il m'aimait comme il n'avait jamais aimé. Moi aussi, je l'aimais profondément, mais je ne le lui avais pas clairement redit lors de nos dernières retrouvailles.

La dernière fois que nous nous sommes vus, il m'a dit : « J'ai vu ton regard amoureux. »

Oui, mon amour, tu avais raison.

Il traversait une période très difficile. Il avait des soucis personnels, financiers et psychologiques. Il avait également essuyé un refus à un entretien, ce qu'il avait lui-même décrit comme « la goutte d'eau ».

Il m'avait adressé plusieurs appels à l'aide. Je savais qu'il allait mal, mais je n'avais pas mesuré la profondeur de sa détresse. À certains moments, j'ai pensé qu'il s'agissait d'une forme de chantage affectif pour que je revienne auprès de lui. Aujourd'hui, je m'en veux terriblement de ne pas avoir compris à quel point il souffrait.

Quelques heures avant sa mort, nous avions encore échangé des messages. Aujourd'hui, lorsque je les relis, j'ai l'impression qu'il me disait adieu. Mais sur le moment, je n'ai pas compris.

Et cette culpabilité me dévore.

Je me demande sans cesse si notre séparation a précipité son geste. Si j'aurais dû comprendre, l'appeler, aller le voir, lui dire une fois encore combien je l'aimais. J'aurais voulu le sauver. J'aurais voulu qu'il puisse me confier toute sa souffrance.

Je sais que notre relation n'était pas parfaite. Certaines difficultés étaient devenues une véritable charge mentale pour moi. Mais jamais je n'aurais imaginé qu'il puisse souffrir à ce point.

Cet homme m'a aimée comme personne ne m'avait jamais aimée. Il m'a comprise, soutenue, encouragée, protégée. Et je ne dis pas cela parce qu'il est mort. Je le pensais déjà lorsqu'il était vivant.

Il avait un fils de 13 ans, qui vient de perdre son papa.

Aujourd'hui, son absence est insupportable. Je guette parfois un signe de lui. Une chanson d'amour entendue à la radio suffit à me faire fondre en larmes. Je voudrais simplement entendre sa voix, retrouver ses bras, son rire, sa présence.

J'ai repris le travail, mais c'est particulièrement difficile. Le temps passe et, paradoxalement, j'ai l'impression que ma douleur augmente au lieu de diminuer.

Je sais que trois semaines, c'est très récent. Mais je me demande comment on apprend à vivre avec une telle absence. Comment on apprivoise cette douleur. Comment on cesse de se refaire le film des derniers jours, de chercher ce qu'on aurait pu faire autrement.

Je ne cherche pas à l'oublier. Je ne veux pas l'oublier.

Mais je porte en moi une culpabilité immense, écrasante, qui ne me quitte presque jamais. C'est un véritable fardeau. Je repense sans cesse à notre séparation, à ses appels à l'aide, à nos derniers échanges et à tout ce que je n'ai pas compris.

Je me demande constamment si j'aurais pu empêcher sa mort en agissant autrement. Je sais que je ne pourrai jamais revenir en arrière, mais je n'arrive pas à me pardonner de ne pas avoir mesuré sa détresse.

Aujourd'hui, j'ai le sentiment que je porterai ce fardeau toute ma vie.

Dans cet immense malheur, je garde malgré tout une consolation : nous nous étions retrouvés avant sa mort. Nous avions encore ri, nous nous étions embrassés, nous avions partagé de beaux moments. Et il avait vu dans mon regard que je l'aimais.

Je viens ici parce que j'ai besoin de parler de lui, de notre histoire, et surtout d'échanger avec des personnes qui ont connu un deuil après suicide.

Avez-vous, vous aussi, ressenti cette culpabilité écrasante ? Est-ce qu'un jour elle s'apaise ? Comment avez-vous réussi à vivre avec toutes ces questions sans réponse ? Est-ce qu'on arrive un jour à retrouver un peu de paix ?

Merci à celles et ceux qui prendront le temps de me lire et de me répondre.
Titre: Re : Après le suicide de l'homme que j'aimais, une culpabilité qui me dévore
Posté par: skaar88 le 14 Octobre 2026 à 06:34:05
Bonjour Dina, la culpabilité,  je connais bien tu n'es pas seule...Mon mari est décédé d'un cancer, il y 4 mois aujourd'hui,  et il ne se passe pas longtemps sans que je me demande si je n'aurai pas pu me rendre compte de sa maladie avant, le pousser à consulter plus tôt...alors tu vois, dans ce cas, notre cerveau est assailli de questions,  à essayer de refaire une histoire à laquelle on ne peut sûrement rien.
C'est pareil pour toi,  comment pouvais tu deviner que ton conjoint irait aussi loin ? Les gens sont très forts pour cacher leur détresse à leurs proches....
Et le film des derniers jours, avec le temps,  laisse la place aux bons souvenirs mais qu'est ce qu'ils sont difficiles ceux là aussi !
Nous en sommes toutes les deux au début d'un chemin compliqué,  ou chaque jour est différent alors n'hésite pas à venir te confier ici .
Titre: Re : Après le suicide de l'homme que j'aimais, une culpabilité qui me dévore
Posté par: qiguan le 16 Octobre 2026 à 21:55:23
Dina
c'est bien d'avoir écrit ici
mais tu vas trouver une section aussi adaptée là
https://motsdudeuil.fr/forum/index.php?board=4.0
avec https://motsdudeuil.fr/forum/index.php?topic=2611.0

tu pourras lire même si la situation est différente
https://motsdudeuil.fr/forum/index.php?topic=5644.msg95986#msg95986

le deuil des conjoints compagnes compagnons sont très longs

et
https://motsdudeuil.fr/forum/index.php?topic=4169.msg65278#msg65278

https://motsdudeuil.fr/forum/index.php?topic=3944.msg59235#msg59235

tu n'auras ici que peu de réponses mais tu seras lue
prends soin de toi
et lis bien les conseils de celles et ceux passés par là  ...

et vas écouter
https://www.youtube.com/@deuilduconjoint