Bonjour. Il y a 4 ans je perdais brutalement ma fille, elle avait 19 ans. Ma vie s est effondree ce soir la. Il y a 2 ans je perdais mon mari, handicape depuis 10 ans, il avait 56 ans. On etait tetanisee par notre deuil, mais on s entraidait comme on pouvait. Nos souvenirs communs de notre fille, on ne peut plus les echanger, meme cela nous aura ete refuse par cette vie. J ai un fils qui a 27 ans, qui est gentil et tres actif mais qui habite loin, qui parvient a evoquer son pere mais jamais sa soeur. Toute la famille nous a laisses tomber ainsi que nos connaissances. J ai reussi a me faire quelques nouvelles amies, mais qui me connaissent peu, qui n ont connu ni ma fille ni mon mari. J ai beaucoup ecrit, je peint, je vais dans la nature. Je travaille a mi temps. Mais ... c est tres dur. C est un sentiment d horreur. Je vis pour ne pas abandonner mon fils. Par moments j ai de l energie, je voudrai faire ' quelque chose ' pour elle, ensuite je me dis que tout est si derisoire, triste, inutile, et je suis comme paralysee. L abandon de ma famille me decourage encore plus. Je me sens comme une naufragee en pleine mer. Et je me demande quoi faire maintenant du temps qui me reste. Je ne sais pas. Je survis pour mon fils mais je n aime plus la vie. Je lutte mais c est tres dur. Vous comprenez tout cela. Nouvelle sur le forum, merci de m avoir lue. Courage a vous toutes/tous.
Merci Anic des souhaits de courage que tu adresses à notre grande communauté du deuil. Nous sommes nombreu(x)ses à avoir éprouvé cette perte du goût de vivre, cet abandon familial, cette lutte d'un quotidien rendu si vide de sens. Mes enfants vivants n'évoquent pas non plus leur soeur décédée mais je pense que c'est en partie leur façon d'activer en nous les forces vives qu'il nous reste, en-deça de leur propre douleur, de leur propre cheminement. Face à Méduse, qui peut l'approcher de face sinon en miroir? J'ai la conviction que c'est dans cet espace qu'il nous faut être tout en acceptant qu'un jour, Méduse nous transforma en désolation de pierre...ré-apprendre à rester ouvert tant à nos enfants défunts qu'à nos enfants vivants demande tant d'énergie, de force intérieure. Je te prie de recevoir ces mots, simples et sincères, ainsi que mon respect pour ton propre courage.
Pascal.
Bonjour Pascal et merci de votre message qui m a fait du bien. Votre reference a Meduse est venu en echos a une pensee de Boris Cyrulnik : parents en deuil, on est sideres, effondres, paralyses par la douleur, comme pris dans les yeux de Meduse. C est la realite brute. Et il y a notre possibilite de penser, de recomposer, de formuler un recit de cette vie. Selon Boris Cyrulnik, quand on parvient a mettre en mots en puisant dans l imaginaire voire la poesie, et cela est paradoxalement possible, cela peut nous proteger de l effroi. C est alors en quelque sorte le reflet dans le bouclier miroir.
Personnellement j ecris et je peinds, des petites choses un peu poetiques qui evoquent ma fille, car elle etait la poesie de ma vie. J ai compris aujourd hui mon alternance entre une sorte de paralysie qui me cloue des jours entiers soumise a des images dures qui me font renier toute creation et un leger apaisement quand j ecris ou quand je peinds ce qui s apparente a un reflet. Compendre et avoir une representation de ce que l on eprouve nous aide. Demeure la grande peine. Mais on a trouve un bouclier.
Merci. Courage a vous Pascal. Courage a toutes et a tous.
Anic
Merci Anic, cette solidarité nous aide aussi à tenir notre fil. Mille pensées à Calixte et à vous. J'apprends à l'instant que Calixtlahuaca est un site archéologique des Indiens Matlatzincas vers Mexico. Quetzalcoatl, qui y est honoré, figure majeure et Divinité psychopompe m'a accompagné récemment lors d'un état de conscience modifiée pour m'aider à vivre un rituel de passage avec le corps de ma propre fille que je n'avais pu réaliser. Oui, Boris Cyrulnik a raison d'évoquer cette force de l'imaginaire, de la poésie comme autant de ressources aidantes, voire soignantes. Car si le deuil n'est pas une maladie, il est si terriblement douloureux qu'il s'en rapproche. Et rien de pathologique la-dedans. Comme signifie Eva Luna dans un des ses posts, quelle infamie que celle de qualifier un deuil d'un an qui n'est pas encore accompli comme une forme de pathologie! Misère, à nous de tenir bon dans cette lucidité qu'il nous incombe de garder. Force à nous!
Pascal.
Bonjour Anic,
j'ai tardé à te répondre mais je t'avais lue avec émotion...je ne trouvais pas les mots à partager...alors je te livre en vrac mes pensées
la mort brutale de ta fille est une tragédie...
4 ans... c'est à peine hier et ce que tu décris me semble "normal"... un chemin de deuil personnel et incontournable, où tu parais avoir de belles ressources qui te portent et t'aideront au fil du temps...écrire, peindre,marcher...
même si la mort récente de ton mari vient percuter le fragile équilibre de survie que vous aviez su construire, tout est est refaire...
l'oscillation permanente des émotions est épuisante...à 4 ans j'étais comme toi naufragée en pleine tempête ballottée par les éléments...avec les mêmes questions, les mêmes peurs...
"Et je me demande quoi faire maintenant du temps qui me reste. Je ne sais pas. Je survis pour mon fils mais je n aime plus la vie. Je lutte mais c est très dur. "
[/b]
J'aurai pu l'écrire, je peux encore en écrire des bouts..mais c'est devenu moins viscéralement insoutenable... j'ai appris à vivre avec ...je suis sortie du mode survie...
Pour ton fils... la mort de sa soeur est impartageable... ça arrive souvent...
ma fille a participé à une journée d'échanges sur la mort d'un frere ou d'un soeur, ça lui a fait du bien d'en parler, d'écrire sur le groupe dédié sur FB... mon fils dit que ça serait bien mais que ce n'est pas son genre.. chacun fait comme il peut...
Voilà... fais le tri dans ce message, ne garde que ce qui te parle...en ce moment...
Je reviens te lire bientôt....
Merci beaucoup Eva Luna, Pascal, vos mots m ont fait du bien : un echange, une perspective, un lien.
Ce sentiment d etrangete aux autres et a moi meme ( parfois je ne me reconnais plus et je n arrive pas a me souvenir vraiment de comment je ressentais les choses et les gens avant ) cela isole de l interieur. Le silence de la famille et des connaissances cela coupe les liens. L impression d etre Neanderthal, d une autre espece.
Ma fille aimait la nature et etait sensible a sa protection. Elle avait un pull avec un ours blanc dessus, sa facon de commencer a s engager car elle avait peur qu ils disparaissent. Depuis qu elle n est plus la, j ai l impression d etre parachute sur la banquise ou sur un iceberg a la derive. Et je pense aux ours blancs. Je peinds des mers bleu acier et des paysages de brume. Parce qu elle aimait ce qui est beau je me suis dit que desormais, vivre c est decorer mon iceberg : quelques touches de couleur floues a l aquarelle, quelques textes et poesies sur elle, quelques nouvelles amies que j adore, les livres sur le deuil comme compagnie fidele, mon jardin en permaculture pour acceuilir les insectes, mon fils. Mais cela reste un iceberg : nuit polaire, falaises de glace, effondrements au moindre rechauffement, solitude des ours, situation de survie. Et maintenant je vous apercois depuis mon radeau iceberg, vous qui etes, bien malgre vous, la grande communaute humaine de ce forum. L impression chaleureuse et rassurante de rencontrer des semblables. Je vous salue toutes et tous et vous envoie une de mes petites phrases : " capter l instant inespere ou miroite l iceberg que nous sommes " . Bien a vous.
Anic
Ton image de l'ours polaire me parle... Merci.
Etre, vivre, exister. Je m interroge parfois sur les nuances des mots qui semblent synonymes.
Un rocher " est " , bien qu il ne vive pas.
Un arbre vit, mais pense t on qu il existe ?
Des lois, des solutions d un probleme, on dit qu elles existent, mais pas qu elles sont ni qu elles vivent.
Se raccrocher aux mots, supports de la pensee, peut etre pour chercher comment parler d elle au present : dans notre histoire elle etait la, avec moi elle vivait, dans ma tete et mon coeur elle existe, Calixte, ma petite.
Ca aide quelques instants. Mais ...
Ca dit aussi le besoin de coherence, de representation, de communication, pour ce qui reste un chaos.
Plein de personnes m ont dit " il n y a pas de mot ", et elles sont vite parties, me laissant au silence. Je ne suis pas d accord. Il y a des mots, il nous faut les chercher et les partager pour sauver ce qu il reste d humain en nous.
Courage et merci a vous.
Anik
Plein de personnes m ont dit " il n y a pas de mot ", et elles sont vite parties, me laissant au silence. Je ne suis pas d accord. Il y a des mots, il nous faut les chercher et les partager pour sauver ce qu il reste d humain en nous.
Il y a des mots.
Même maladroits, même dérisoires, infinitésimaux-infinitésimots
chuchotés ou affirmés.
Il y a des silences bavards
tristes ou pleins d'espérance.
Il y a des étreintes
des caresses amicales
des mains sur l'épaule.
Il y a des bouteilles de vins
et des tasses de thé.
Des piles de vaisselle
des murs à tapisser.
Des regards
du sang et des larmes.
Il y a des couchers de soleil
des étoiles glacées
des Vermeer, Gaudi
du Kazan ou du Maupassant.
Il y a tant à partager.
Être, c'est exister en vivant, non pas parmi, mais avec les autres ...
Les mots m'ont sauvée...
les mots dits, les mots reçus,les mots pensés,les mots partagés, les mots retenus, les mots écrits, les mots publiés...
Le silence comme communication violente
Oui il y a les mots...
4 ans pour Sam dans qq mois et toujours cette même violence du silence
Douces pensées pour toi et ta fille
De tous vos mots merci.
Je comprend que nous sommes d accord sur notre besoin de mots. Le silence nous laisse seuls dans l effroi. Le silence m a fait perdre toute confiance en les autres ce qui rend la vie plus rude encore. Le silence a amplifie en moi la rage que ma fille soit oubliee, effacee. Alors je voudrai regrouper mes textes en un livre illustre, c est mon but. Et j ecrirai dedans que les mots moi aussi m ont sauvee.
Moi qui ne lisais jamais, j ai lu 300 livres en 3 ans, temoignages de parents, de deportes aussi, livres sur le deuil, la souffrance, la philosophie, et la poesie aussi. " la poesie est desuete pour ceux qui sont gaves, mais quand le reel est insupportable, elle prend la valeur d une arme de survie " Cyrulnik.
Dans le no man s land que j ai traverse, les livres m ont portee. J ai reussi a me faire quelques nouvelles amies, je peux parler de ma peine avec l une d elles qui n a ni mari ni enfant et paradoxalement m est tres proche. Les echanges sur le forum me font du bien, courage et merci a toutes et a tous.
Anik
J'ai souri en te lisant...
moi aussi j'ai lu...monomaniaque ... un seul sujet, un seul thème...
j'ai une bibliothèque entière d'ouvrages sur la mort et le deuil, témoignages et romans compris..
désormais je lis de tout sauf du deuil... enfin c'est pas vrai mais je suis devenue difficile... je choisis plus...(le dernier/mort soeur: une amie de la famille)
J'ai lu sur la Shoa.. beaucoup... me culpabilisant de comparer ma souffrance et la leur... mais fascinée par le Mal et la survie...j'en lis encore un peu parfois...(le dernier:La Plus Précieuse des marchandises - Un conte)
Par contre je suis désolée d'être étanche à la poésie.. totalement...
Tu vas le fabriquer ce livre dédié à Calixte( quel beau prénom...)livre illustré,avec tes mots ...mais qui fera les dessins?
Moi, je n'ai écrit que sur la mort et ses effets sur moi...un tombeau de papier pour Emmanuelle.. en auto-édition... c'est tellement noir que je me relis, je pleure...
je vais guetter tes messages...
PS:J'ai Nuit de Edgar Hilsenrath dans mon panier mais je le crains trop sombre pour moi , en ce moment, j'ai besoin de moins de drame...
Qu'as tu lu qui t'a marquée?
Merci de tes messages tres riches et encourageants.
Pendant les 2 premieres annees, j ai ecrit, des textes separes d une part, des poesies d autre part. Poursuivant cette idee de livre illustre, j ai pris des cours d aquarelle puis un peu de reliure quand j ai decouvert ce qu on appelle les " livres d artistes " ( petits tirages, liberte dans l illustration, la reliure, le papier, la mise en page ). Je veux donc tout faire moi meme, en tres peu d exemplaires. J ai les textes. Je bloque pour la suite depuis des mois. Je ne connais pas l autoedition.
Merci de m avoir fait part du beau prenom de ta fille Emmanuelle, et de ton propre livre.
Pour ce qui est des lectures :
J ai lu aussi des livres sur la shoa. Dans " si c est un homme " de Primo Levi, j ai lu les mots qui traduisaient mon propre sentiment d horreur. Ensuite j ai cherche comment ces personnes avaient pu survivre psychiquement. On ne compare pas. Simplement l effroi provoque des situations de survie.
Je vais rechercher dans ma longue liste, les livres qui m ont marquee, dans quelques jours je t en fais part. Je les emprunte a la mediatheque mais je recopie avant de les rendre les titres et aussi les passages qui me touchent, j en ai rempli des cahiers entiers ... ( j imaginais pas un jour etre un peu utile en transmetant mes lectures ...)
En attendant, et puisque tu cherches aussi des livres moins durs, en voici un que j ai beaucoup aime par ses descriptions magnifiques de paysages : " esthetique du pole Nord " de Michel Onfray. C est un voyage au pole Nord. Je suis fascinee par ces paysages extreme, a la fois rudes et beaux, par ces melanges de bleus, blanc, gris tres purs.
Bien a toi, et a toutes et tous du forum.
Anic
Semaine difficile, j avais pourtant l impression d aller un peu mieux, juste un peu, et puis ... boum, des jours entiers a rien pouvoir faire, videe, a se dire que y a de toute facon rien a faire, et que ca change rien si j agis ou si j agis pas, et que le monde s en fou. Encore un tour gratuit sur les grandes montagnes russes. Je voulais plus voir personne, de toute maniere y a plus grand monde autour de moi. L effondrement, encore.
Et puis, mon amie fidele est venue et j ai pu pleurer sur son epaule et lui dire que j ai plus envie de rien, que j y arrive pas. Juste ca. Tout ca. Au bout de ... quelques heures, j ai repris peu a peu courage. Le lendemain je l ai aidee a jardiner chez elle et a percer des trous dans ses murs pour fixer ses cadres. L energie est revenue, fragile mais elle est revenue.
Je vais essayer de m ecrire une texte pour me souvenir de cette possible remontee, un texte a relire quand je vais mal, un texte qui parle de la chaleur humaine ..., de ce pouvoir la, immense. Par moments, on n arrive pas a remonter tout seul. Par chance, si quelqu un est la, et qu il nous laisse exprimer notre desespoir, et qu il nous temoigne une presence douce, affectueuse, alors tout doucement on refait surface. L entraide, c est d une puissance immense. Cela sauve.
L entraide, c est aussi ce forum. J ecris peu mais je lis chaque jour vos nouveaux textes. Je prepare une liste des livres qui m ont aidee, les livres ont l avantage d etre toujours une parole toujours disponible et parfois tres forte. Merci a vlus et courage. Je vous envoie a toutes et a tous mes pensees chaleureuses.
Anic
Il paraît que de toutes les sources d'énergie, la chaleur humaine est la moins coûteuse. Mais c'est parfois une denrée rare, et on l'apprécie à sa juste valeur quand on vous en dispense un peu. Ton amie a su t'en envelopper et tu t'es sentie juste un peu plus légère pour avancer, un peu ... Mais c'est si important !
A tous, je souhaite beaucoup de chaleur.
Bonjour, je lis souvent le forum et j apprecie la bienveillance de toutes et tous.
J ai commence ce fil, et cela me questionne sur ma facon de me situer dans le forum :
Je me reconnais et j ecris essentiellement avec les parents en deuil d un enfant. Catapultee dans cette vie dont personne ne voudrait, j arrive malgre tout a me debrouiller. Tres ralentie, vite fatiguee, toujours sur la defensive tant les autres me blessent par ce qu ils disent et ce qu ils ne disent pas, tres triste voire effondree par moments, neanmoins je parviens a me debrouiller pour tout.
Pourtant, 2 ans et demi apres avoir brusquement perdu ma fille, mon mari est mort subitement, en 3 semaines. Lui, c etait il y a 2 ans et il avait 56 ans. Elle, c etait il y a 4 ans et demi et elle avait 19 ans.
Mais le manque gigantesque, le choc effoyable, le sentiment d absurdite de tout, l envie insuportable devant ceux qui ont ce que je n ai plus, la tristesse immense, le chaos, pour moi, c est sa mort a elle. Meme si le deces de mon mari a ete un enorme choc, avec ce sentiment d inacheve, d acharnement contre nous, de tristesse supplementaire.
Je survis malgre tout, d abord pour mon fils, egalement pour la memoire de ma fille. Cela m a ete possible de survivre, en partie parce que j ai depuis longtemps l habitude de me debrouiller : Mon mari ayant ete progressivement malade et handicape a 80 % pendant ses 10 dernieres annees, cela impliquait pour moi de plus en plus de taches a accomplir, puis tout a gerer, et de plus en plus seule a prendre les decision, avec de moins en moins de bons moments ensemble. Et cette pensee finalement m attriste davantage. Car je me dis que vraiment ca fait beaucoup ....
Je realise que je ne peux ecrire dans la rubrique concernant les conjoints.
Je sais que ce n est pas un probleme pour le forum. Simplement, le fait d avoir a me situer sur le forum m a amenee a me questionner sur le deuil de mon mari qui se trouve chez moi presque occulte par le deuil de ma fille. C est tres dur a ecrire tout cela. J avais besoin de l exprimer. J espere ne pas trop choquer.
Bien a vous toutes et tous.
Anic
Je ne suis pas choquée du tout...
la mort de ta fille est encore ton pire du pire en cet an 5 de ton chemin de deuil...
tu te débrouilles pour vivre avec mais ça reste l'Épreuve de ta vie...
celle de ton mari est le bout d'un long chemin...une fin anticipée à laquelle tu t'étais plus ou moins préparée...
La mort de mon père 6 mois après ma fille n'a pas donné réellement de deuil à vivre... tant sa mort à Elle prenait toute la place...
Vague culpabilité/peine de ne pas ressentir de chagrin...
je me suis dit que ça viendrait après, avec le temps..
et non...rien n'est venu...
le deuil de ma fille écrase toute autre émotion...toute autre situation...
rien ne peut atteindre la même intensité... rien...
La mort de son père l'an dernier m'a donné un deuil bref et intense, mais surtout bref... de cet homme que j'ai tant aimé...qui m'a tant fait souffrir et qui a décliné lentement...
Eva Luna, .merci de ta comprehension et de ton eclairage, cela m a fait du bien.
Dans quelques jours, le 25 aout, ce serait l anniversaire de ma fille ... Cela fait le cinquieme ete que j apprehende cette date et que je passe cette journee la comme paralysee. Au debut, j attendais un mot, un geste de quelques membres de la famille ou de quelques amis, rien. Maintenant je connais ce " rien ", leur silence et leur absence ce jour la comme tous les autres jours. Et je ne me risquerais pas a leur formuler mes reproches, sachant que je ne pourrais supporter leurs " on n osait pas, on ne savait pas quoi faire " par lesquels ils s auto-excuseraient. Et je ne souhaiterais plus partager de moment de souvenir avec eux, impossible pour moi apres tout ce silence.
Mon mari disait " chacun porte sa croix ", evoquant avec fatalite sa maladie, ses handicaps.
Mais la, moi je ne peux m empecher de me dire que certaines croix sont tres lourdes vraiment et qu on les porte bien seuls.
Un peu moins seuls grace au forum.
Courage a toutes et a tous,
Anic
"Chacun porte sa croix"
C'est ainsi que certain membre de ma famille, enfin la sienne, me répondait quand je m'épanchais un peu sur l'enfer que nous vivions déjà ...
Je ne sais pas si cette personne porte la sienne aujourd'hui, je lui laisse quant à moi les clous et le marteau qui va avec ...
Sans rancune.
Anniversaire d une grande amie ce soir, j etais invitee, j ai aide a preparer, j ai amene une entree, j ai choisi un cadeau que j ai bien emballe, ecrit une carte. Je l avais prevenue que je n etais pas sure de rester, lui expliquant que les anniversaires, depuis la mort de ma fille, je ne peux plus les feter. Ni celui de ma mere, a peine celui de mon fils, je ne me manifeste pas pour ceux de ma soeur ni de mes nieces, quant au mien, hors de question.
Apres les preparatfs, j ai eu l envie de pleurer, j etais tres triste alors je suis rentree chez moi.... Voila, ma tristesse est trop immense pour la mettre entre parenthese une soiree. Je me serai sentie tellement en decalage avec les invites dans l ambiance de la fete, cela m a donne l envie de fuir, avant meme que les invites n arrivent.
Non, contrairement a ce que l on dit, cette epreuve ne m a pas rendue meilleure. Cela a fait de ma vie un calvaire.
Et demain, ce serait l anniversaire de ma gamine .... Rien a feter.
Bien a vous du forum qui pouvez comprendre et entendre ca.
Anic
Non, cette Epreuve ne nous rend pas meilleures...
et j'ai envie de les baffer ceux qui disent ça...
soit ce sont de creux mots...
soit c'est des décennies après la tragédie... et ils oublient que ce n'est pas le drame qui les a rendus meilleures , parfois, pour certains, mais ce qu'ils ont réussi à faire de cette épreuve avec l'aide de tous ces autres qui ont jalonné leur chemin de deuil...
On est déjà demain...
Ta gamine est née il y a 23 ans et alors c'était un jour de joie,vous étiez si heureux...
aujourd'hui elle aurait dû fêter ses 23 ans...c'est si injuste...
et elle aura ses 19 ans pour l'éternité et ça fait si mal...
Je crois qu'il y a ce jour de sa naissance à commémorer, pas à fêter, non, mais à marquer d'une pierre , blanche ou noire ou de couleur, une couleur qu'elle aimait particulièrement...
Allumer une belle bougie pour elle...et penser encore plus à Calixte en ce jour ...
et moi je pense à la maman de Calixte...
je t'embrasse comme une soeur de misère...
je comprends...
Merci Eva.
25 aout, c est encore l ete. C etait un joli jour pour naitre. Il y a 23 ans ... Mais moi, depuis fevrier 2015 je suis restee en hiver. Un texte que j ai ecrit pour elle, quelques mots, confidentiels, reveles a seul(e)s celles et ceux qui peuvent les entendre.
Ma petite fille des neiges
Couronnes de flocons a tes cheveux dores,
Echarpes de vents frais contre tes joues rosies,
Manteau de laine douce sur tes habits soyeux,
Les pieds nus rechauffes sur la laine tissee,
Sous les fourrures epaisses, blottie tout contre un prince
Tu traverses sans bruit avec ton traineau bleu,
Banquises solitaires et plaines sans limite,
Etendues desertees de ma douleur glacee.
Moi qui ne connais pas ces territoires givres,
Je ne vois dans ce blanc que le vide et l absence,
Toi qui guide d un geste ton fidele attelage,
Les yeux mi clos tu vois tous les bleus qui scintillent.
Toi qui aimais la neige tu voyages en hiver
Avec un prince slave amoureux ebloui.
Je t imagine au loin, je te recherche en vain,
Et lorsque je retourne epuisee sur mes pas,
Je garde au fond des yeux quelques glacons fondus.
Anic, pour Calixte
Touchée par tes mots qui parlent si bien de l'étendue désertée de la douleur glacée...
Merci de le partager...
Tu marques d'une pierre-poème ce jour si difficile à vivre...
Anic
Ton poème pour ta fille est tellement beau et poignant
Merci pour le partage
Depuis quelques temps j ai plus de mots, je ne sais plus quoi ecrire ni dire. J ai repris le boulo, a mi temps, j en fais le moins possible. J evite au maximum mes collegues, je ne supporte pas les " ca va ? " qu ils envoient vite fait en induisant la reponse polie qui derange personne alors que dedans ca hurle " non, non ca va pas, evidement que ca va pas, comment ca pourrait aller depuis que j ai perdu mon mari, handicape a 80 %, mais c etait mon mari, et depuis que j ai perdu ma fille. Ah ... , non ca va pas et ca n ira jamais vraiment, ou alors si peu "
Et si je leur parlais je ne saurai meme pas definir ma situation : veuve, oui, mais pas seulement veuve, egalement mere desenfantee. Ca fait beaucoup. Je ne sais pas quoi ecrire d autre.
Bien a vous.
Jours tristes. Un petit bouquet de roses pour elle, pour lui, a leur jardin de pierre. Quelqu un a depose une rose blanche, une de ses amies du college peut etre, cela me fait du bien de savoir que quelqu un est venu, que je ne suis pas tout a fait seule a temoigner que tu etais quelqu un de bien, toi mon mari, que tu as existe, et que tu etais merveilleuse, ma petite. Mais le silence ... Courage a toutes et a tous en ces jours. Annick
Le lendemain matin, apres avoir passe seule cette nuit terrible, quand j ai annonce sa mort a mon mari, ma soeur, mon beau frere, la mort de ma petite, j ai dit " l enfer c est ca ".
C etait il y a 4 ans et demi.
Mon mari est mort il y a 2 ans.
Je vis, je prend soin de moi, afin d essayer d etre la le mieux possible pour mon fils. Je veux qu il arrive a faire sa vie, je veux pouvoir etre une aide pour lui et non un poids.
Mais, j aimerai, j aurai besoin de parvenir a creer quelque chose pour ma fille, en sa memoire, un livre illustre, j ai un peu commence il y a 2 ans mais depuis des mois je n y arrive plus, je n arrive pas a m y remettre, a y croire, je suis bloquee. Car, faut il vraiment faire quelque chose apres ca ? Le ' rien' m apparait souvent comme la seule veritable consequence du drame. Je cherche, je n ai pas trouve de reponse, de pensee qui me remette dans la creation. C est pourtant pour moi la seule chose qui m anime apres mon fils. Dur, cet enfer.
Anic
Bonjour Anic,
Je viens te faire un humble et doux petit coucou :), au milieu de cet enfer atroce qui t'éprouve abominablement.
Le silence peut être une violence, oui. Et trouver des mots sensibles implique de se prendre une petite brûlure: c'est ça, "aller au feu". Et y a pas mal de gens qui tournent les talons et même le regard face aux flammes.
Ma combinaison est à nouveau bonne pour l'atelier de rapiéçage: avant-hier, une de mes amies a fait une tentative de suicide, décidément le feu couve toujours quelque part, vouloir combattre les incendies c'est jamais fini.
Quand j'ai perdu mon neveu adolescent Kalahan, qui s'est donné la mort il y a 6ans et demi, j'ai essayé d'arroser de mots tempérés tous ces départs d'incendie à la ronde, éperdument ...
Hélas, on n'a de capacités que pour calmer son propre enfer, c'est l'impression assez décourageante que je tire de beaucoup d'expériences.
Décourageant mais pas si nul que ça, Anic, parce qu'il reste la possibilité de partager, même s'il est rare que la personne à qui l'on offre cette part d'indicible approximativement formé, peint, écrit, chanté, mimé, parfumé, puisse s'en servir pour forger ses armes personnelles.
Tu sais ce que sont ces armes personnelles qui peuvent être concrétisées par les réalisations artistiques, ou autrement bien sûr.
Tu es pour le moment encore fort dans le doute par rapport au fait cela soit si important : c'est ce foutu refrain "à quoi bon" qui mine pendant des années les endeuillés.
Parfois on se sent bloqué(e), oui, c'est normal je pense. Cela s'explique sans doute par le fait que notre "vouloir" théorique ne soit pas encore devenu un vouloir de plein accord affectif, il faut passer plus de temps à épier les failles de l'enfer pour cela.
Les enfers ne se fissurent qu'à la longue et par la force des cœurs qui continuent d'aimer: chuuut, ils n'aiment pas qu'on le dise, ils vont répéter dans le haut-parleur que ça ne sert à rien, mais moi je te le dis, à force d'amour on passe dans ces interstices et on s'échappe.
Les œuvres, artistiques ou autres, ne sont jamais une obligation: à chacun(e) de sentir quand le moment arrive, de quelle manière peut naître cette richesse, et enfin quand les "pourquoi" sont remplacés par "je le fais tout simplement", et que ça fait du bien.
Amicalement et solidairement, Martine.
Martine,
merci beaucoup de ton message chaleureux et delicat. Ca fait tellement de bien de recevoir un echo. Dans mon quotidien j ai fini par me fermer aux autres, lassee de leur incomprehension, choquee de leur abandon, brisee par leur silence, ecoeuree de devoir supporter ca en plus. De temps en temps je tente un bref retour dans le monde, en allant voir une expo ou faire une balade ou en ecrivant sur le forum, sans conviction, comme on lancerait une bouteille a la mer. Et quand j y trouve un echo c est un moment de reconfort.
Merci a toi. Je t embrasse.
Anic
Je vous comprends. Ma vie a été saccagée au décès de ma fille de 24 ans. Depuis chaque jour est un combat et le temps qui passe agit peu sur le manque. Si ce n'est pas indiscret qu'est-il arrivé à votre fille?
La mienne a été tuée dans un accident et elle n'y était pour rien. C'est quelqu'un qui s'est endormi au volant...
Merci Erika,
Douce pensee pour votre fille, si jeune ausi, toute innocente dans la tragedie. Le temps, il n aide pas a lui seul, c est, parait il, par ce que l on fait de ce temps que l on s aide. Il nous faut donc, alors que tout s effondre, preserver puis entretenir nos forces pour peu a peu trouver quoi faire de ce temps, et ainsi parvenir a canaliser la violence de cet arrachement et de ce manque, cultiver la douceur de ces jeunes etres si absents et si presents. Je cherche. Je ne trouve pas. De tout coeur je vous souhaite de trouver.
Avec douceur.
Anik
A toutes celles et tous ceux qui m ont lue, qui ont pu m ecrire, un gfand merci.
Chacun de vos message m a reconforte un moment, merci beaucoup. Merci a Yacine pour offrir cet espace d echange si rare.
Neanmoins, je vais quitter le forum.
Car je me rend bien compte que mes propres contributions ne sont pas une aide pour les autres membres. Je suis seulement dans l attente d aide. Je ne suis pas capable de soutenir personne, je n en ai pas la force et je ne m en sens surtout aucune legitimite.
Et, paumee dans mon no man s land, totalement abandonnee de ma famille et de mes anciennes connaissances, juste de temps en temps ecoutee par mes 2 nouvelles amies qui n ont pas connu ma fille, je me suis refugiee dans ce silence, celui la meme que je n ai pu combattre, qui m a presque achevee, qui m a revoltee et desesperee. Alors je ne peux pas evoquer ce qui est arrive a ma fille. J en suis incapable.
Je ne peux donc pas etre dans un partage veritable avec les autres membres du forum.
Je vous salue toutes et tous avec beaucoup de reconnaissance et d affection, souhaitant tres sincerement que chacune, chacun trouve un certain apaisement.
Bien a vous.
Anic
Anic,
Après les drames que tu as vécu, je comprends ton abattement, tu es dans le creux de la vague.
Je lis tes messages depuis le début, comme les 5430 autres qui ont lu ton fil depuis ton arrivée.
Je n'ai pas répondu, parce que moi aussi je ne me sens pas capable de soutien bien souvent, je ne trouve pas les mots, malgré mon deuil, ma souffrance, je fais aussi partie de "ceux qui ne savent pas" devant la tienne, je ne trouve pas de légitimité à répondre.
J'écris depuis un an ici, je me suis posé cette question, du partage, qu'est-ce que j'apporte aux autres en écrivant.
J'ai répondu à la question "rôle du forum pour nous c'est quoi"
http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/role-du-forum-pour-nous-c'est-quoi/msg105151/#msg105151
Il n'y a aucune règle sur ce forum, justement, chacun vient y déposer ses mots, ses maux, crier sa peine, ou ses espoirs, ses joies parfois.
Ecrire et lire ici m'aide à me sentir moins seul, tout simplement.
Si c'est seulement pour les raisons que tu invoques, ne pars pas, continue à écrire.
Citation de: BEBE le 05 Mars 2019 à 22:20:30
ÉCRIRE C'EST HURLER SANS BRUIT
Marguerite DURAS
Tendresse et douces pensées à Calixte et ton mari.
Je comprends ce que tu peux ressentir : on ne peut pas toujours tout dire, même ici.
Mais comme le dit Eva, on peut peut-être y déposer comme dans une consigne à chagrin : en vrac, en gros, confusément ce qui ne peut pour le moment y être exprimé, expliqué, clarifié. Et une fois déposé le trop-plein de chagrin, y revenir, un jour. J'ai été pendant des mois incapable d'expliquer les tenants et aboutissants de mon échouage ici. C'est venu après, au fil des posts des uns et des autres, et de la confiance que j'ai pu y trouver.
Pour être aidant, il faut déjà pouvoir s'aider soi-même un tant soit peu, ce n'est pas aussi facile que cela, certains sont plus doués que d'autres. J'ai encore beaucoup à apprendre sur le sujet il faut croire. Mais comme l'a dit Pscar, si certains ne se sentent pas toujours légitimes à te répondre, toi tu as toujours de la légitimité à écrire ...
C'est mon troisième forum...
et je peux t'assurer que sur le premier...
j'étais dans un tel état que j'écrivais d'abord pour déverser et déposer une infime partie de mon infernal tourment...
je n'étais aidante pour personne,
certes...
mais certaines se reconnaissaient dans mes écrits très sombres,
certaines partageaient leurs mots en résonance avec les miens..
et ça me faisait du bien de juste me savoir lue, me sentir comprise un peu et aussi pas si folle que ça...et pas si seule...
Chacun contribue comme il peut, depuis sa place du moment et personne n'est inutile...tes mots sont légitimes, et je suis sûre qu'ils aident d'autres endeuillés qui s'y reconnaissent et n'ont pas les mots pour le dire...
Il y a un temps pour tout...
ta contribution est précieuse...plus précieuse que tu ne le crois...surtout chez ceux qui lisent et ne commentent jamais.. et ils sont nombreux..
Laisser une trace ici de sa détresse est utile à d'autres.
Mais bien sûr, si ce forum ne t'apporte plus assez, tu vas le quitter...
mais c'est dommage...
tes écrits sont authentiques...
et si tu ne peux pas partager ce qui est arrivé à ta fille sur un forum publique, je trouve que c'est normal... et cela n'invalide pas ton témoignage, tu parles de toi et de ton deuil, et c'est déjà beaucoup...
j'espère te lire encore un peu...
Je nous sais soeurs de misère...
Pscar13, Faik, Adnarag, Eva, merci.
J ai mis du temps a repondre.
Vos reponses m ont touchee, enormement : " soeurs de misere ", " ici crier mes douleurs " , " la legitimite a ecrire " et " ne pars pas ". Alors je vais rester un moment encore avec vous.
J en pleurais d envisager de quitter le forum, de douter de ma place la aussi.
On lance tous et toutes tant de bouteilles a la mer, et je peux dire la que parfois leur message est entendu. Je ne pars pas.
Merci merci.
:)
Je suis ce soir devant mon feu de cheminee. Je regarde le feu.
La question qui me taraude : qu est ce qu on fait apres ca ..., la seule reaction sensee n est elle pas de ne rien faire, de ne plus rien faire ? Cela va faire bientot 5 ans que cette pensee me paralyse quand j entreprend quelque chose ou quand simplement j arrive a me debrouiller au quotidien. Et cette maniere qu a eu tout mon entourage de faire tres vite comme si de rien n etait, de me dire juste ' on ne peut rien pour toi ' et de continuer leur vie sans m aider pour rien, cela a renforce cette pensee qu arriver a vivre devenait absurde. Survivre en marge a ma maniere de la societe, c est juste ce que j arrive a faire. L absurde, une fois qu il nous est apparu, est tenace.
Alors j agis petitement, aupres des quelques amies nouvelles que j ai rencontrees depuis 3 ans. L une d elles, pas d enfant pas de mari, 20 ans de plus que moi, pleine d energie, debrouillarde, un coeur immense, on s echange des services, on s ecoute, on s invite, on peint ensemble, et elle arrive a me faire rire par moments.
Mes nouvelles amies sont chaleureuses. Elles m ont permi je crois de veiller sur mes braises, de maintenir mon feu.
Comme aux temps obscurs de la prehistoire, veiller sur le feu pour tenir a distance les betes, la nuit, et l absurdite de l existence, etre condamne a agir et le savoir, etre condamne et agir un peu quand meme. Je me sens Neanderthal.
Mes nouvelles amies sont chaleureuses. Elles m ont permi je crois de veiller sur mes braises, de maintenir mon feu.
Comme aux temps obscurs de la prehistoire, veiller sur le feu pour tenir a distance les betes, la nuit...
Quelle belle image de l'amitié bienveillante... :-*
Se sentir néanderthalien, ce n'est sûrement pas facile, non.
Mais Néanderthal est une autre humanité, et cette dernière ne compte pas pour rien ... Tes amies le savent bien puisqu'elles entretiennent ce feu chaleureux autour et avec toi ...
"Comme aux temps obscurs de la préhistoire, veiller sur le feu pour tenir a distance les bêtes, la nuit, et l absurdité de l existence, être condamne a agir et le savoir, être condamne et agir un peu quand même. Je me sens Néanderthal."
jJ'ai été longtemps , donc aussi,une vraie néanderthalienne... je ne le savais comme ça, merci pour ces mots...
Merci de vos messages qui m ont fait du bien. La sensation que l on peut etre compris par d autres, c est rassurant meme si ca n enleve pas le chagrin.
Nous avancons tant bien que mal, chacune et chacun du forum, avec nos torches ardantes et nos lampions vacillants et nos bougies flotantes, dans nos nuits. Et, bien qu inconnu(e)s malgre nos echanges, j aime imaginer que, certainement, si l on se croisait on se reconnaitrait.
Je vous envoie une petite etincelle virtuelle.
Citation de: Anic le 12 Décembre 2019 à 19:10:57
Ton message m a mis les larmes aux yeux. C est un moment tres fort. Je suis contente pour toi de cette belle etreinte. C est de ca que l on a besoin. Merci de nous en faire part. Cela redonne peut etre un peu de confiance dans ' les autres ' ou du moins dans certains autres capables d instants de proximite. C est tellement rare, precieux.
Moi je suis devenue etrangere aux autres, sauf a 3 amies nouvelles, distante envers les membres de ma famille tant leur absence totale a failli m achever, presque muette au boulo. Je me debrouille dans l indifference generale de mon ancien entourage qui n en etait pas un. Mais a vivre ainsi en apesanteur malgre moi, je ne peux devoiler ma peine immense et cela ne me permet pas de partager des moments d humanite comme celui que tu nous racontes. La douleur nous rigidifie pour y survivre.
Tu nous montres que certaines personnes peuvent nous apporter leur chaleur quand l emotion nous submerge. Merci a toi.
Chère Anic,
Oui c'était vraiment un moment incroyable, inimaginable. Personne ne savait la cause de notre chagrin mais ils ont tous ressenti la profondeur de notre tristesse par l'intensité de nos sanglots et son venus dans un même élan spontané,
empathique et solidaire pour nous réconforter comme si cette peine était la leur.
Je suis d'accord avec toi que la question du deuil avec l'entourage proche est parfois compliqué, souvent on se censure soi même aussi par peur de déranger, d'incommoder. Face à mes parents je cache souvent ma tristesse car je sais que ça les rend malheureux de me voir triste. Pour ma part, les amis sont là présents et me proposent régulièrement des sorties mais c'est moi qui fait le choix de ne pas y aller car je me sens trop décalée ou parce que ça me rappelle trop Alain...c'est trop dur d'être avec eux sans qu'il soit là... ça marque encore plus son absence.
Au boulot c'est comme toi, je n'en parle pas, je met le masque. ... je fais ce qu'il y a à faire, je souris, je rigole, je montre la belle facade et j'attend le soir pour enfin être moi même.
J'ai ma marraine qui est veuve aussi... et bénévole chez Jalmalv... je trouve donc là une très grande écoute, bienveillante et sans jugement. J'ai tous mes nouveaux amis aussi, ceux du groupe de paroles de Jalmalv que je revois régulièrement bien que ce groupe soit terminé et ceux de la danse qui ont aussi été cabossé par la vie, deuil ou divorce.
A vrai dire ce que m'a appris cet événement du week-end c'est qu'on devrait peut être plus montrer la réalité de notre peine car celle ci ne peut laisser personne indifférent. Peur être notre pudeur à la montrer finalement se retourne contre nous... je ne sais pas....c'est si compliqué...ou bien c'est tout simplement qu'au final le deuil c'est un chemin très solitaire comme l'explique Christophe Faure et que peu peuvent nous rejoindre à cet endroit là... sauf parfois comme ce dimanche ou quelque chose d'extra ordinaire....d'unique et précieux comme tu dis.... se produit.
Je l'ai pris comme un cadeau, un sourire de la vie qui veut peut être me dire. ...''je peux encore t'étonner ! ''
Je te souhaite une douce nuit
BEBE
" Did an angel whisper in your ear? In that long last moments ... "
Ce matin, pour vous 2, Calixte ma fille cherie et Olivier mon mari, cette chanson folk de Lucinda Williams " lake Charles ". Puissiez vous faire la route ensemble dans une de ces vieilles americaines au charme indefinissable avec, cheveux au vent, lunettes de soleil, la musique folk et devant vous, l immensite.
Ne sachant pas mettre en ligne la musique je vous laisse chercher sur youtube. Cette chanson est un doux voyage.
A vous toutes et tous du forum, un peu de douceur ce dimanche.
Anic
Bonjour Anic,
Merci d'avoir partagé cette chanson
Ce doux voyage
Douces pensées pour Calixte et Olivier
https://youtu.be/5dglHW7rOwk
Est-ce qu'un ange a chuchoté à ton oreille
Did an angel whisper in your ear
Et te tenir proche et enlever ta peur
And hold you close and take away your fear
Dans ces longs derniers moments
In those long last moments
Chuchotements d un dimanche matin :
Je n ai rien appris. Il est une pensee que les epreuves arrivent pour nous apprendre quelque chose. Moi je n ai rien appris ni de ta mort, mon mari, ni de ta mort, ma fille. Je savais depuis tres longtemps la beaute, la fragilite de la vie, son miracle. Je savais depuis nos rencontres mon attachement et mon emerveillement devant vous deux.
Ne pas chercher d explication, tout cela me depasse. Et toute explication serait une forme de justification insupportable.
Je n ai rien compris, je n ai rien appris.
Tout en s inclinant, un genou a terre, puis deux, juste parvenir a sauver la chaleur de vos braises en mon coeur.
Je n'ai rien appris de nouveau non plus...
je ne tirerai pas non plus de leçon de sa mort...
aucune explication, aucune justification...aucune acceptation...
C est fou comme tu me manque ma petite cherie, ce soir encore davantage. Dieu que la vie est dure sans toi Calixte.
Incredulite totale et pessimisme lancinant sur fond de detachement froid, voila ce que m inspire encore ce noel en famille. En plus de vos absences, ma fille, mon mari, il me faut supporter leur gaite, leur agitation, leurs conversations qui ne vous evoqueront a aucun moment, comme si jamais vous n aviez existe. Je prefere etre seule.
Vu hier les 3 freres de mon mari et une belle soeur,. Pas reussi a les eviter. Discutions superficielles ' entre eux ' . Aucune question pour savoir comment je vais. Juste on me demande si ma soeur a toujours ' la peche ' ... Trop tard, bien trop tard de toute maniere pour sauvegarder ce lien, impossible pour moi apres bientot 5 ans sans jamais un mot ni un geste de soutient. Mon mari, ma gamine, effaces, comme si jamais ils n avaient existe. Je me suis sentie etrangere et obligee de me taire. Violence du silence et du delaissement total. Pas eu besoin d eux pour survivre. J essaye de ne plus y penser a la famille. Mais c est dur et c est moche. C est comme un deuil dans le deuil. Et j avais pas besoin de ca.
Quand les amis ou famille ne sont plus que des ectoplasmes inconsistants nous ignorants ou ignorant nos défunts
Je crois que c'est une situation partagée par beaucoup d'entre nous sur le forum et malheureusement on finit par preferer rester seul
C'est bizarre avec le temps cette solitude me permet de trouver une certaine paix avec moi même
Avec mon amitié
Dernier jour de la deuxieme annee sans toi mon mari, de la cinquieme annee sans toi, ma fille ...
A votre jardin de pierre, un bouquet de roses, deux bougies.
Soiree seule avec mes chats, vos chats, nos chats.
C est irreel encore, et quand ce n est pas irreel, c est davantage douloureux. Rien a celebrer ce soir.
Chère Anic,
Je voulais t'envoyer un peu de chaleur, quelques mots, je ne les trouve pas alors j'emprunte ceux-ci:
"Dis-moi qu'au bout des ténèbres, qu'au bout de la nuit et du brouillard,
dis-moi que l'aurore monte et que le jour se lève.
Dis-moi, je t'en prie, de garder confiance.
Redis-moi qu'au bout de la misère,
qu'au bout du désespoir et de la mort, il y a un amour infini."
(J Humenry)
Bonsoir Anic,
Citation de: Anic le 31 Décembre 2019 à 19:25:06
Dernier jour de la deuxieme annee sans toi mon mari, de la cinquieme annee sans toi, ma fille ...
A votre jardin de pierre, un bouquet de roses, deux bougies.
Soiree seule avec mes chats, vos chats, nos chats.
C est irreel encore, et quand ce n est pas irreel, c est davantage douloureux. Rien a celebrer ce soir.
Tu n'es pas seule ici ce soir.
J'ai voulu être seul aussi, rien à célébrer non plus.
Tendresse et douce soirée.
Merci Pscar13, Etoile9,
Vous lire au matin du 1 janvier m a baeucoup touchee.
Amitie.
Anic
Message pour moi meme, a ne pas lire si vous etes trop triste.
Si je suis honnete avec moi meme, vraiment je me dis que la vie pour moi est devenue epuisante, desesperante, horrible. Je me suis interdite d en finir mais je comprend que l on puisse refuser de souffrir autand. Je continue par devoir envers mon fils. Mais pour moi meme je n ai pas d espoir d aller mieux, je sens bien que tout cela est trop pour moi.
C'est important d'être honnête et lucide avec soi même,
c'est important de pouvoir dire à quel point c'est désespérant de devoir vivre une vie comme ça...
de ne pas être jugée..
qu'on ne se permette pas de te donner de jolis conseils...
Je comprends tellement ta désespérance...
Alors un jour après l'autre...
ton fils t'oblige à faire face...
tu continues pour lui et en mémoire de ta fille...
c'est déjà énorme...
Je pense à toi...
Une douleur plus grande que soi; une lucidité qui fait mal parce que encore combien de temps avec cette douleur qui brûle littéralement le coeur?
Je perçois ce refus d'une souffrance insupportable, chaque jour, chaque jour jusqu'à quand ?
Et pourtant, chaque jour, continuer, pour ne pas imposer cette souffrance-là à celui ou ceux qui donnent encore un sens malgré tout.
Juste ce qu'on peut, et c'est déjà immense
Je peux juste témoigner que j'ai commencé à aller mieux entre l'An 4 et l'An 5...
mais je ne m'en rendais pas vraiment compte...
c'est rétrospectivement que j'ai pu dater à peu près le léger mieux...
Ma psy m'avait dit 5/7 ans pour les parents... j'la croyais pas...pas moi...
Merci Eva Luna, Etoile 9 de vos mots.
Je recois une carte d un cousin germain dont le seul geste en 5 ans depuis la mort de ma fille a ete de me telephoner 2 fois, puis de m envoyer un mail a la mort de mon mari. Il m ecrit ' tous mes voeux de bonheur '.
Je crois que cette annee je vais avoir la force de lui repondre sechement qu il n est pas necessaire de m envoyer son unique message annuel de bonheur dans ses voeux standard en lui rappelant qu au cas ou il aurait un peu oublie, mon mari etant mort en 2017 et ma fille en 2015, ils restent morts toutes les annees a venir et cela compromet gravement le bonheur.
Decidement, non ces deuils ne me rendent pas meilleure. Revoltee par une indifference et des maladresses telles que cela devient de l ordre de la provocation. J assume la riposte que je prevois et je sais que j y perd si peu.
Mais quand meme ... c est un peu stupefiant je trouve.
Bon courage a vous egalement pour encaisser les voeux.
Anic
Oui, stupéfiant ... Beaucoup de gens ne comprennent vraiment pas.
Cette riposte, c'est poser tes limites et tu en as tout à fait le droit ...
Il est nécessaire de se protéger contre ce qui est perçu comme une agression. C'est aussi cela prendre soin de soi, d'être doux avec soi
Citation de: Etoile9 le 15 Janvier 2020 à 20:22:26
Oui, stupéfiant ... Beaucoup de gens ne comprennent vraiment pas.
Cette riposte, c'est poser tes limites et tu en as tout à fait le droit ...
Il est nécessaire de se protéger contre ce qui est perçu comme une agression. C'est aussi cela prendre soin de soi, d'être doux avec soi
Il y a 5 ans exactement, le 23 janvier 2015, ton frere rentrait des Etats Unis, tu m offrais ce petit cadre avec une rose peinte par toi, c etait mon anniversaire, on prenait quelques photos. Je ne savais pas, ce jour la, que c etait la toute derniere fois que l on etait tous les 4 reunis.
Quinze jours apres, tu n etais plus.
Deux ans et demi apres, ton pere n etait plus.
C est tellement triste et affreux. Pour moi, c est le desastre. J y survis. Mais ca reste le desastre.
On me dit que j ai le droit de feter mon anniversaire encore... Mais le probleme n est pas du tout de s autoriser ou pas, a le feter. Apres ca, je n ai absolument plus envie de feter quoi que ce soit, et encore moins de faire semblant de pouvoir feter quelque chose. Tout anniversaire amplifie la douleur d avoir perdu ma fille.
Depuis, je survis et je vieillis.
L impression d avoir 1000 ans, d etre tres tres vieille, tres fatiguee, completement hors systeme, aigrie surement.
23 janvier 2020, 5 ans apres, j en suis la ...
Douce pensee a toutes et a tous qui ici peuvent entendre cela.
Anic
Je l'entends et je le comprends...
J'entends moi aussi...
Compte a rebour enclenche : il y a bientot 5 ans, tes derniers jours de vie ...
Ne pas pouvoir dormir.
Ecouter la chanson Lonestar de Norah Jones
" lonestar, where are you out tonight ?
This feeling i m trying to fight
It s dark and i think that
I would give anything
For you to shine down on me
How far are you i just don t know
The distance i m willing to go
I pick up a stone that i cast to the sky
Hoping for some kind of sign
Lonestar, where are you out tonight ? "
Parvenir en musique a mettre en page un livret avec un de mes textes, 2 photos de toi, quelques illustrations, qui sera dans un petit coffret avec des pacotilles qui t auraient plu. Le livret s intitule " offrandes " . Il est dedie a " my little shiny girl "
S enivrer de musique et recopier mon texte a l encre noire.
Blues.
Que faire. Que faire apres ca ... ?
Faire, bientot 5 ans apres, et sans savoir jamais si cela te plairait, ce livret plutot que rien.
Where are you tonight ?
Bonsoir Anic,
Une chanson que j'adore
Un album que nous avons écouté en boucle avec mon amoureux
J'étais peu retournée sur ces pistes là
Elles me font encore trop souffrir
Mais ce soir avec toi je vais l'écouter
Et laisser l'émotion faire ce qu'elle a à faire
Pour ta fille chérie
https://youtu.be/0_LNkrlm7T0
Je t'embrasse
BEBE
Merci
Eva luna, Faik, Adnarag, Bebe
Dure periode.
Courage a toutes, tous
Ma fille, Calixte, 25 aout 1995 - 8 fevrier 2015
A blue everlasting rose
C'est si difficile de penser que les jours passent, avec eux et sans eux tout à la fois. Tout un temps de maman et de fille aimée contenu dans ces deux dates et aujourd'hui tout un temps de maman pour continuer à chérir celle qui manque tant ...
Chère Anic,
Je passe déposer devant ta porte
Des roses bleues pour ta fille
Et beaucoup de tendresse pour toi
https://youtu.be/O-hkuO_1rNY
BEBE
Bonsoir Anic,
Une tendre pensée pour ta petite fille des neiges
https://youtu.be/iMyo8I8AKmY
En pensée avec toi pour traverser cette date ...
Merci pour vos gentils messages, toutes les roses bleues et toute cette neige aussi. Cela m a beaucoup touchee. Merci
Douces pensées pour ta chère fille etc aussi pour ton mari
Courage luttons
Philippe
Merci Philippe de ton message. De ma " famille " rien, pas un mot pas un geste ...
Il y a 5 ans, en ce jour de la saint valentin, il y avait aux vitrines des petits coeurs partout, on marchait, mon fils, mon mari et moi, avec un petit bouquet, c etait l enterrement de ma fille ...
Je me demande encore comment c est possible ... ca.
Il y a une sorte d'incrédulité absolue d'avoir eu à vivre ÇA...
Bonjour,
Vos messages me touchent. Il y a aussi pour moi une incrédulité absolue d'avoir eu à vivre ça, et d'être face à une famille, à une mère incapables de la moindre chaleur ou compréhension de quelle que sorte qu'elle soit. la seule chose possible est d'arrêter de m'y heurter, de travailler encore et encore, aux limites du supportable à ne pas et ne jamais plus être comme eux. Jamais. Peut être que je suis "chiant" à vouloir toujours avancer, ouvrir de nouvelles portes, obéir à ma quête de réflexion continuelle, mais sachez que je partage totalement l'anéantissement et l'inconcevable d'un "pourquoi elle et pas moi?".
Je vous prie de recevoir mon "humble" solidarité.
Pascal.
Week end chez mes parents. Je n aime plus venir les voir. Avant, j aimais bien venir. ls sont en vie. J ai perdu mon mari apres des annees de maladie, j ai perdu ma fille. Chez moi, c est le monde a l envers : perdre sa fille, puis son mari, avant ses propres parents !. Et, du coup, ne plus parvenir a apprecier le fait que mes parents soient en vie. D autand moins que, avec eux non plus, il n y a pas de soutien, aucun. La aussi, comme ailleurs, bavarder comme si ma vie etait normale, tout enfouir, se debrouiller seule avec cette atroce peine, et ne plus aimer cette vie qui n est devenue que souffrance insensee. La vie, cela m apparait tres brutal, tres cru, apre.
Courage a toutes et a tous.
Anic
Salut Anic.
Anic, je ne peux te "vendre" le sens du non sens de perte d'une mort précoce qui n'apparaît qu'après un long long travail de notre processus de deuil. Et je ne sais même pas où il mène. Pas vers un idéal de résilience qui lui nous est "vendu" comme le final de cette souffrance insensée,de cette vie rude et âpre, de ces parents démunis de capacité d'aide...Non, vraiment.
Mais je peux te transmettre toute ma sympathie, ma compréhension comme une petite bougie dans ce passage sombre, impitoyable et sans relâche. Tiens bon! Monopolise toutes tes forces et tous les moyens à ta disposition, ami(e)s, psys, méditation, lecture, tout ce que tu estimes bon et utile pour lutter contre ce mot : perte. Je le trouve presque insultant, pour nous, parents-deuil.
Pascal.
L'ordre des choses est totalement chamboulé...face à ces morts trop précoces...
Tes parents, ils étaient des parents présents et prévenants, avant les drames?Ils peuvent apprendre à t'aider un peu? ou c'est plié pas possible?
Si tu leur expliques, a minima, à quel point ta vie est difficile, ils peuvent empathir?
Sinon, c'est d'autres grandes zoreilles, d'autres épaules qui pourront recevoir des bribes de ton chagrin...
Je pense à toi...soeur de misère...
Bonjour à vous.
Sur ce terme de "perte", j'attire aussi ton attention, Anic, à veiller à te protéger d'agressions que nous pouvons ramasser de la part de personnes "lambda" malveillantes ou tout simplement stupides. Lorsque avec Eva, voici un an, environ, nous cherchions à nommer notre condition de parents endeuillés, en surfant sur un autre site qui traitait de cette question,"perdre un enfant", un anonyme avait posté ce message sur lequel je suis tombé par hasard : "comment nommer des parents qui ont perdu un enfant? Des distraits, avait-il (elle?) posté".
Le rire d'autrui peut être sans pitié et nous devons apprendre à nous protéger de ces personnages qui, malheureusement, existent. Personnellement, je me défends de la façon suivante : la seule chose que je suis certain d'avoir perdue, c'est mon arrogance. Qui sait ce que nos enfants défunts sont devenus? Personne.
Bizs à vous.
Pascal.
Merci de partager cette terrible remarque sur le terme de ' perte '. Le vocabulaire est a multiple sens. Pour ma part, c est bien cette tournure ' j ai perdu ma fille ' qui me correspond, traduisant une forte culpabilite, bien superieure a mon inevitable part de responsabilite en tant que parent.
Je ne peux prononcer le mot ' mort ' a son sujet, le medecin qui m a annonce cela ne l a pas employe lui non plus, et, apres coup, je l en ai remercie en pensee. Il a dit ' on a tout essaye, on n a pas reussi '
Comme moi meme quand je dis ' j ai perdu ma fille ', ce medecin s est place, avec les pompiers, comme sujet de la phrase.
Mais, si le vocabulaire contient un sens plus profond qu en apparence, ce que je realise desormais, c est que les personnes que je cotoye font le choix du silence total, et leur incomprehension radicale me blesse tellement que j en viens a ne plus rien exprimer, a tout enfouir, a ne plus meme chercher l appui de psy ou de mes rares amies. Mes parents ne me sont d aucune aide, ils preferent ne pas savoir. J ai compris tres vite qu en perdant ma fille, j avais tout perdu.
Merci de vos messages, Eva Luna, Pascal. Je ne m exprime qu ici. Et le monde tourne sans moi. Bien a vous.
Tiens bon Anic. Ne te formalise pas de pouvoir utiliser tel ou tel terme. Il m'arrive parfois d'utiliser 'j'ai perdu ma fille" comme toi. et le bouquin que j'écris vient de prendre une autre dimension : je l'adresse à ma fille. ça ne s'est "ouvert" que la semaine dernière. Un pas de plus, mais ça reste souvent à vif, encore. Une planche de salut, pour nous tous ce forum. Une autre forme de famille.
Bizs.
Pascal.
Ma petite, depuis que tu n es plus, moi je vis un peu comme une ermite. Cette periode de pandemie est triste et angoissante. Je teletravaille, j ai cette chance de pouvoir le faire, et ca me convient de ne plus croiser les collegues. Je ne vois plus personne depuis vendredi, mais ce confinement change peu mon quotidien qui est depuis 5 ans tres solitaire et que je sais malgre tout embellir un peu d occupations domestiques diverses. Je suis tres tres triste de cette epidemie avec toutes ses consequences. Je realise en meme temps combien le deuil terrible de ma fille, puis celui de mon mari, ont deja fait de moi une quasi sauvage, une presque ermite.
Courage a toutes et a tous.
Anic
Oui Anic bon courage à nous tous et nous toutes avec nos passes si lourds et ce présent avec cette pandemie si anxiogene
Bon courage a toi et supporte bien le confinement
Amitiés
Philippe
Merci Philippe.
J ai l impression d avoir des annees de confinement interieur c est a dire psychologique, a chercher comment survivre, comment supporter, a trouver quelques aides dans les livres, la peinture, l ecriture, a m isoler des que je ne supporte pas les autres. Maintenant, c est le confinement physique. Je crois que ce que j ai subit deja m aide a tenir. Esperons. Courage a toi .
Anic
Ma petite, si tu savais comment on vit la ...
Tes grands parents a 200 km et il ne faut pas aller les voir ni les aider. Ton frere a 400 km chez les parents de sa cherie, chomage technique mais il va bien, je pense, j espere, j espere . Si ton pere etait encore de ce monde, avec tous ses enormes problemes de sante il ne s en sortirait pas. Mais il n est plus la.
Et toi, ma petite, tu es tres loin aussi, tellement loin. Si tu savais comment je vis. Je ne sais pas moi meme.
Merci , merci de ta gentillesse.
Je suis tres touchee que tu penses a moi quand tu peinds. Hier j ai commence la copie d un paysage vaste colore et sauvage " Les gorges d El Kantara " de Siciliano Marie Dominique ( fin 19 ieme siecle ) Si j etais douee en informatique je transmettrais l image mais je ne sais pas faire.
Je peinds sur la musique de Norah Jones, la musique m entraine en douceur et m evite de douter de ma peinture. Car, en effet, pourquoi peindre dans le chaos personnel, et dans la crise actuelle ? Justement, le besoin de chercher ce qui reste de beau malgre tout, pour "tenir". Je reste chez moi, oui, absolument, et je m evade dans un paysage peint, du moins j essaye.
Une grosse pensee pour toi et les tiens.
Merci beaucoup de ton conseil pratique, j essayerai
Bon courage pour tout
Ma petite, si tu voyais ou j en suis. Confinee toute seule, ca c est pas trop perturbant pour moi, en verite tu le sais bien, ca fait 5 ans que je suis quasi confinee. Ce qui est dur c est la peur de ce virus et de toutes ses consequences. On dit que cela creera des solidarites. Mais mes 2 amies me demandent de ne pas leur parler de ma peur pour ne pas leur transmettre mes craintes, elles preferent s occuper un peu comme si tout allait bien. C est sympa ...
On dit que cela pourra entrainer une remise en question benefique de notre mode de vie. Mieux consommer c est possible, mais comment moins consommer tout en relancant l economie ? Et l entreprise ou travaille ton frere resistera t elle ?
Et quand je me hasarde a dire que, des mi fevrier j avais deja vraiment peur et senti que cette epidemie, avec tous ces avions de Chine, apres l Italie, l Oise, etait grave et venait inevitablement ici, quand j ose dire que j avais a cause du virus renonce a sortir au resto ou au cine et aussi renonce a voter des le debut de mars, on me reproche un manque d humilite ... Tolerance ... Donc je me tais.
Je n expliquerai pas a ces personnes, qu apres avoir vu la sante de ton pere degenerer pendant 10 ans, apres l avoir vu mourir d infection nosocomiale a 56 ans, et apres avoir vu toi, ma gamine de 19 ans morte en quelques heures, je sais qu il y a des choses extremement graves et qui arrivent vraiment, vite, meme si on ne veut pas les voir venir. Comment fait on, ma petite, pour vivre une fois qu on a perdu la legerete, une fois qu on a vraiment approche la lucidite ?
On se tait. On finit par preferer le confinement.
Je ne ressents pas ta presence, tu me sembles etre "quelque part", mais tres loin de moi. Et, en cette periode angoissante, je me dis que je prefere penser qu il est loin d ici ce " quelque part " dans lequel tu te trouves.
Un quelque part loin où ta petite se trouve...
je vais essayer de m'imprégner de l'idée...
Une lucidité dont on se passerait bien,..
Une légèreté évanouie...
Une peur omniprésente...
Ma petite, est ce cet isolement devenu radical, est ce une resignation au silence, est ce parceque peut etre j irai mieux ou au contraire moins bien, je reste active mais j ai du mal a trouver des mots.
Aujourd hui j ai ecoute " les mots bleus ". Et, si je sais que ce style de chansons deplaisait a ton pere, inconditionnel des Stones, j ai pense que cette chanson t aurai plu a toi. Parfois, observant un objet, un vetement, une affiche, un engagement, ecoutant une chanson, lisant une citation, je me dis avec certitude " ca t aurait plu ". Cela me gene parfois car c est comme si je pensais a ta place, or je voulais respecter tes propres choix et idees. Et pourtant, decouvrant une guirlande en plumes blanches, un foulard rose saumon, une association qui sauvegarde les coraux, etc j ai comme une evidence que cela t aurait plu. Cela m interroge mais bien sur je n attend pas de reponse a ces questions la non plus.
Je ne t avais pas fait ecouter de chanson de Christophe. Il y a tant de choses que j aurai aime redecouvrir avec toi, au risque d entendre ton avis si tranche, que je respectais, je crois, du moins j en avais le souci.
Alors aujourd hui " petite fille du soleil " je te dirais " les mots bleus" et " peut etre un beau jour voudras tu retrouver avec moi les paradis perdus ".
Adnarag merci de ta visite avec ce papillon.
Bien a toi
Ma petite, quelqu un craind que " le monde d apres ressemble au monde d avant mais en pire " ...
Possible, tout est possible, puisque, deja, les isoles sont davantage isoles.
Et puis, ca a deja eu lieu, je me souviens de tout, du gendarme qui a dit " affaire classee ", des connaissances qui m ont ecrit nous " enlever de la liste " , de ceux qui font semblant de penser a moi dans des voeux de bonheur totalement deplaces, et de tous ceux qui jamais ne sont revenus.
M achever, cela aurait pu. M oter toute confiance en la vie, en l humain, cela est fait.
Le repis est ephemere, l entraide est exception, cela je le vois.
J ecris un peu, des petits livrets pour toi, confidentiels. Impossible pour moi d envisager une ouverture sur le monde, alors meme que des livres de parents endeuilles m ont secourue. Egoisme ?
Plutot ce sentiment bien ancre que ni toi, ni ton pere, ni moi n existons plus.
Pour ma part j'essaie, difficilement, de ne pas perdre de vue que certains méritent notre bienveillance et notre attention.
Le plus ardu étant à mon sens de se faire confiance soi-même, de croire en nos capacités à regarder notre prochain d'une manière plus positive.
Je crois avoir perdu beaucoup de spontanéité et suis toujours un peu sur mes gardes. C'est une façon de se protéger...
La capacité à " donner" est devenue complexe, mais encore plus celle de recevoir.
Peut-être qu'un début de reconstruction doit passer par ce chemin... Se réparer soi-même pour être plus en harmonie avec les autres.
C est ainsi, ni toi ni ton pere ni moi n existons plus. Poussiere ...
Être, vivre, exister. Je m interroge parfois sur les nuances des mots qui semblent synonymes
Je ne voudrais pas être trop maladroite ... Perdre le sens de sa propre existence en perdant ceux qui nous sont essentiels ... Mais je crois que tu as un fils et je ne doute pas ce que tu ES pour lui. En passé, en présent et en devenir. Malheureusement, être pour les autres, même pour les plus aimés, n'est pas toujours suffisant pour soi.
Un jour, si une quelconque grâce nous est accordée, nous pourrons de nouveau penser à Être vraiment. S'approprier notre Être et non plus seulement Exister. C'est un long chemin ...
Mon mari, toi tu sais qu on peut mourir plusieurs fois. Ma petite, toi tu vois que ma vie la ce n est deja plus la, vie. Et mon fils, toi, loin, tu survis a la premiere puis a la deuxieme catastrophe. Tous les 4 nous sommes d accord. Les espoirs, a d autres.
Dieu lui meme se tait, il ne peut plus rien dire, car, quelque part, il pleure. Et la poussiere s envole, en silence.
Juste apres, je me suis dit que je me donnais 10 ans pour voir si ca valait la peine ( facon de parler ... ) de vivre apres la mort de ma fille, et que je m interdisais avant 10 ans d aller ' voir ailleurs " ... Ca fait 5 ans.
J ai malheureusement deja la reponse ...Je reste en vie pour ne pas accabler mon fils, mais ...
Il y a sa mort ...., celle de mon mari 2 ans apres ...
Et puis il y a cette totale absence de soutien de ce que je croyais etre mon entourage ... l amere constatation qu on pouvait me laisser seule avec ca ... Apres, j ai reussi a me faire quelques amies. Mais le decalage est constant, immense, douloureux.
J ai ete tres proche de l une d elles, trop peut etre, mais comment faire quand on est fracasse ... Elle a pris une certaine distance, comme si maintenant j allais bien, comme si je n avais plus besoin de parler de ca, de pleurer sur son epaule ... Alors, je n ai pas supporte cet eloignement, je me sens tres loin d elle desormais. Elle pense qu on peut rester amies, elle le souhaite, mais je lui ai explique que la voir me fait maintenant trop de douleur ..., C est terriblement difficile, en plus de la douleur causee par les deces, de subir cette incomprehension totale des autres.
Comme au debut, situation de survie totale ... Silence, poussiere ...
Churchill disait " Quand c est dur, ce sont les durs qui avancent " Va falloir s endurcir tres vite, c est enclenche, mais vraiment, ca fait beaucoup la ...
Ma petite, si tu savais comme j en ai marre de cette vie moche et dingue. Ah, que ca s arrange un peu ou alors que ca se termine vite. Tout ce que j ai perdu avec toi ... et jen en finis pas de perdre, jusqu aux quelques appuis amicaux que je pensais solides et profonds ... Ah, s il faut vivre, que vite je devienne indifferente a tout.
Anic, envoie-moi ton adresse en MP que je puisse t'envoyer le bouquin. Au moins ça t'occuperas un peu la tête, ne serait-ce qu'en le feuilletant. d'ailleurs, j'en profite pour dire que je n'ai toujours pas les adresses de Faîk, Nora, Assiniboine Bmylove, Etoile9, Souci, Vol du Papillon, KPS, Ludmilla...Et si d'autres personnes le souhaitent, j'envoie au rythme de 2 ou 3 par jour. Cela dit, aucune obligation, bien sûr.
Mircéa m'a proposé un bon truc aujourd'hui qui s'emboîte bien dans ce que je pensais ce matin : pas de conférences ou ce genre de truc où j'accroche vraiment pas. Par contre, diffusion en lien avec petites librairies parallèles, avec un débat/rencontre, ça me plaît bien. Pas question de sous entre nous,membres du forum, et pour les moments "librairie", je proposerai de faire un chèque à celles et ceux qui le voudront/pourront, soit à Amnesty international, soit à WWF ou au forum. Bien plus simple pour moi à gérer, il me suffira de les envoyer en groupe si il y a. Pour l'Indonésie, je gère cela autrement, c'est plus compliqué , demande temps et précaution pour pas faire n'importe quoi. Cela restera des sommes modestes, mais avec le décalage "shanty-town", je préfère attendre et voir pour l'instant.
Voilà. Merci Anic, de me permettre d'utiliser ton mess pour ce développé.
Nous, ici, nous ne sommes pas dans le l'indifférent, mais dans le différent!
Bizs et tiens bon.
Pascal.
Merci Pascal. Je ne trouve pas le MP. Merci a toi.
Anic
Ta petite, elle manque atrocement encore, 5 ans après et le sens de la vie, de ta vie s'est dérobé brutalement.tu t'es engagée avec toi même pour un bail de 10 ans , voir si ça valait le coup... de vivre cette vie sans elle...
j'admire ta détermination et ton courage...
Crois tu réellement en un ailleurs possible?
L'embellie, pour moi, est venue vers l'An 7... avant je ne remarquais même pas les petits progrès , c'est en me retournant à ce moment là que le chemin s'est rétrospectivement dessiné et éclairé.
La déception des défections amicales dure longtemps, il parait que c'est normal, ça fait un mal de chien quand même...
L'an 10 est une étapetrès douloureuse , mais moins.Pour moi...
j'ai compris que je ne pouvais aider personne dans sa traversée du Deuil... je peux seulement témoigner de mon chemin...compatir à cette souffrance innommable qui nous laboure encore et encore .
j'ai regardé le documentaire hier soir, infra rouge,et même si je ne m'y suis pas vraiment retrouvée, ça fait du bien de voir des parents endeuillés parler si justement de ce qui se passe pour nous.
On est un six, je rentre du cimetière, j'y ai retrouvé mes enfants,et... rien... aucune émotion.
Quand tu écris"ma petite" je pense à ta petite et à la mienne...
Merci Eva. J ai regarde le reportage dont tu m as parle, les silences d emotion etaient parlants, les mots tres justes. Ca m a d une certaine maniere rassuree d entendre cette si frequente et si douloureuse incommunicabilite avec les autres. Mais oui, ca fait un mal de chien cette distance la et leur silence, et ca m a aigrie, ensauvagee davantage.
J ecris " ma petite ", et pourtant, en tous points, elle etait plus grande que moi : d abord la taille, la pointure, les mains, la volonte, la beaute, l audace, l originalite, l intelligence, la vivacite. Un jour, de son vivant, j avais dit a une amie : elle me depasse. C etait dans tous ces sens du terme, et ca ne me posait pas de probleme du tout, j appreciais ce sentiment la pleinement. C est tellement vrai encore, tout en elle dans sa vie me depasse, et maintenant meme sa mort me depasse...
Pensees pour nos " petites ". Bien a toi
Anic
Bien reçu le MP, Anic, ça a marché...Livre en route! :)
Bizs
Pascal.
Un grand merci Pascal.
La lecture m apporte beaucoup, je vais lire tres attentivement ton livre.
J aime beaucoup l idee de rencontres/debats dans des petites librairies avec dons a des organismes comme tu proposes.
Et je suis prete a traverser la France entiere pour venir. Le " chant des pistes " est peut etre ainsi a la fois un aboutissement de reflexions partagees par ecran interpose ( avec sa part de joie d accomplir mais aussi de vide apres coup peut etre ) et un commencement de diffusion de ces mots par de multiples rencontres qui feront beaucoup de bien.
Depuis mon espece de triste ermitage, je salue avec amitie ton si bel elan.
Bien a toi.
Anic
"ta grande petite
tout te dépasse, même sa mort
ensauvagée"
c'est moi, ça...
Il y a un livre: le deuil ensauvagé , qui m'avait beaucoup marquée aux débuts...
https://www.oedipe.org/prixoedipe/2010/deuilbrecheteau
Merci Eva, ce livre a l air bien.
" Undelivered mail returned to sender "
Si je t envoyais un mail ma gamine, si je t ecrivais un sms mon mari, si j interrogeais ma propre vie, si je demandais un peu de comprehension ou d aide a mon entourage volatilise, si je criais qu il est insense de vivre avec ca, si j hurlais apres ce que je croyais etre Dieu, ce que je trouverais comme non reponse c est cela " undelivered mail returned to sender " : le message non delivre, toujours prisonnier de sa bouteille a la mer(e).
La je ne sais plus que penser ... c est trop : fuite au toit, gouttes d eau dans le salon, je monte a l etage, plein d eau dans le debarras ou je garde tout, ou se trouvent, ruisselants, tes revues mon mari, tes poupees et tes cahiers d enfant ma petite ... J ai tout sorti, tout remue, c est tout mouille, et moi je pleure. Alors bien sur on dira que c est que du papier, qu il faut se detacher, ben moi j y arrive pas du tout. Et la c est une douleur terrible. J en peux plus de cette vie ou il faut tout, absolument tout encaisser et tout perdre. C est trop la
Parfois du papier a vraiment beaucoup d importance
De tout coeur avec toi
Amitiés
Philippe
Anic, peut être qu'Univers par la pluie ne te demande pas de détacher du papier mais au contraire de t'y attacher?
Ecris, me dit un jour forêt avec sa plume, comment montrer chemin quand il n'y a que métaphore à utiliser pour soulager grande souffrance? N'est-ce pas façon de faire aquarelle que de brouiller l'encre et couleurs sur le papier? Beaucoup d'eau pour diluer larmes, chagrin et dessin. J'associe ceci à ta proposition de m'envoyer aquarelle pour accompagner le livre "chant du vide", comme tu me l'as si gentiment proposé...
Philippe a raison. Le papier a de l'importance pour nous...Voici quelques jours, sur Arte, a été proposé l'interview d'un jeune et talentueux aquarelliste qui réalisait en direct virtuel des aquarelles à partir de la narration de personnes qui le souhaitaient. Il ne s'en satisfaisait que lorsque la personne et ce qu'elle imaginait coïncidait avec le dessin réalisé...J'ai admiré ce travail de lien entre art et douleur du dire, décrit, de plus, en toute simplicité.
De tout coeur.
Pascal.
C'est pas que du papier...
c'est des souvenirs...
c'est des moments passés avec eux
c'est des traces de leur vie
c'est des objets qui parlent d'eux...
c'est précieux.
Et l'eau a tenté de détruire un peu de tout ça.
Normal que tu te sentes très agressée par cet épisode humide et humide...
Merci Philippe, Pascal, Eva Luna pour votre reconfort. Devoir jeter des cahiers trempes de ma fille, devoir tout remuer, des habits a elle, des revues a mon mari, ressentir que je perd la quelque chose d eux, de notre vie, ca a ete violent, desesperant, a la fois paralysant et paniquant. J essaye de faire secher ce qui peut etre sauve, du coup y a des papiers et des cahiers d enfant etales partout, j ai pu faire reparer le toit par un couvreur sympathique, j ai contacte l assurance, ca me remet dans une sorte de combat, active et assez efficace, mais avec ce sentiment d accablement. Dur ...
Merci a vous.
Je n ai jamais pris d antidepesseur j ai voulu essayer de trouver d autres appuis, et mon mari avait tellement de medicaments que j ai voulu eviter au maximum. Mais la je n en peux plus, alors mon medecin m a conseille un antidepresseur. La psychotherapie je n y crois plus, ou plutot, je sais que la trop grande attente que j en ai eu m a ensuite provoque un desespoir tres fort au moment ou j ai eu le sentiment que la psy semblait baisser un peu les bras et j ai trop peur de revivre ca, et puis c est un autre budget ...
J ai l ordonance, peut etre que j irai chercher la boite demain, ou pas ... j apprehende, peur de rentrer dans un cercle vicieux. Comme c est devenu complique cette vie !
Bon courage a toutes et tous.
Anic
Les AD,je crois que c'est une béquille nécessaire parfois ... un coup de pouce pour ne pas sombrer... utile... vital même à certains moments...
C'est dans un cercle vertueux que tu vas rentrer...ted onner une cha
(mauvaise manip...mon doigt a ripé...)
te donner une chance de retrouver assez d'énergie pour traverser ce deuil, ces deuils... et vivre... et penser à ta petite...sans être engloutie de désespoir...
je crois que ce serait une sage décision...
et je ne suis pas du tout une fervente défenseure des AD... au contraire même ...mais j'y ai songé pour moi il n'y a pas si longtemps...
embrelacement très chaleureux...en ce temps de disette tactile.
Merci Eva Luna, ta vision me rassure un peu.
Au radar ce matin, envie de rien, je suis allee chercher la boite d antidepresseurs a la pharmacie de mon quartier, celle ou on allait avant ... La pharmacienne, puisqu il s agit d antidepresseurs m a dit que cette epidemie etait tres deprimante, elle a ensuite ajoute " etre confine si longtemps a 2 c est difficile " , alors j ai corrige qu en ce qui me concerne j etais confinee seule puisque j ai perdu mon mari. Elle ne savait pas. Ensuite elle a enchaine " et les enfants ca va ? " et j ai repondu que mon fils exerce le metier de son reve a Paris mais qu ayant perdu ma fille lui et moi on a du mal ...
Personne d autre dans la pharmacie, j etais au bord des larmes. Elle m a dit plusieurs choses gentilles dont ces 2 qui m ont fait du bien :
" peu de gens vivent ce que vous vivez " En verite, si, dans le monde tant de personnes perdent un enfant ou un conjoint, un enfant et un conjoint. Mais ses mots sont une reconnaissance sociale de l immensite de ces deuils cumules. Le silence de l entourage devenu trop lointain blesse. La reconnaissance exterieure de la douleur me manque et me rend asociale, complique voire aneantit je crois mes efforts.
" sortez marcher, tous les jours " Elle a rajoute ca sur un ton assez energique et en fixant mes yeux, presque comme un ordre, mais bienveillant et comprehensif.
J ai dit oui, merci. Elle a dit : courage.
Elle m a fait beaucoup de bien. J ai voulu transmetre cette conversation, si ces mots peuvent avoir un echo en vous.
Courage a toutes et tous.
Anic
Merci a toi Cathy,
Marchons donc, a notre rythme chacun chacune.
Anic
Ma petite, une chanson captee dans la voiture ce matin, texte de desillusion et rythme de revolte, avec ce titre " a nous " qui conjugue au futur une sorte de declaration, de manifeste, que je voudrai dedier a cette famille que l on formait, a nous :
"A nous qui debordons dans les rires et les larmes
Qui ne faisons pas le deuil de nos jours de flamme
Nous marcherons mille autres lunes, mille autres jours avant demain,
Avant que demain ne nous prenne les copeaux d espoir que l on tient,
Traverserons mille autres dunes avec nos defauts nos faux pas
Avec nos semelles de brume qui que l on soit "
Noe Preszow " a nous "
Ma petite, c est pas une chanson zen, tu sais que j y suis un peu hermetique, tu l aurais aimee peut etre aussi, dans ce melange de clair obscur et d energie.
Mon chemin, mon rythme, desillusion complete, revolte profonde, et ce besoin de dire encore " nous ".
Anic
Et j ajoute que, a celles et ceux du forum a qui elle plait cette chanson " a nous " de Noe Preszow, a celles et ceux avec qui j echange souvent, Eva Luna, Adnarag, Philippe, Pascal, je sais pas la mettre en ligne, mais je vous invite a la decouvrir, parce que ce " a nous " peut aussi s adresser a nous toutes et tous du forum. Et son energie peut nous porter un moment.
Bien a vous.
Anic
https://www.youtube.com/watch?v=9_lXPoALuww
A nous...
Merci Anic de nous faire partager cette chanson
Merci Eva Luna d avoir mis le lien
Bien à nous
Philippe
En plus de cette souffrance terrible, j ai beaucoup de rancoeur envers les autres. Cela persiste et complique mes relations au point de m amener a fuir tout contact .
Hier, j ai croise l ancienne nounou de ma fille, elle habite dans le quartier, elle a traverse la rue expres pourvenir me parler. Elle ne m a jamais contactee depuis la mort de ma fille. Est ce l effet du confinement qui l a fait un peu reflechir a ce qu on appelle solidarite ? Etonnee, j ai apprevie son geste de me demander des nouvelles .
Mais, en se quitant, elle me dit : "si vous aviez un gros probleme, par exemple dans votre maison ( ? ... ) alors vous pouvez venir et mon mari vous aidera. "
J ai remercie. Interieurement j ai pense : ok je peux faire appel a vous en cas de gros souci materiel mais pas pour une presence amicale, pas pour parler un peu autour d un cafe ....
Ca m a attriste, j ai ressenti cruellement ma solitude. Ca me desespere et attise une colere en moi, colere contre cette pseudo solidarite de facade. Ils ne peuvent pas comprendre dira t on pour les excuser ... Et nous, qu est ce qu on comprend a cette vie ?? J ose moi aussi l ecrire : marre de la double peine deuil precoce + abandon social. Marre ...
Courage a toutes/tous.
Anic
Bonjour a toutes les deux
Comme vos messages sont bien écrits
Vous décrivez ma vie aussi
Ca fuit ca fuit face à la souffrance après un décès. Je ne comprends pas trop la raison
Et oui un réseau de gens qui se donnent de la chaleur humaine parce qu' ils ont connu un climat glacial
Merci à toutes deux
Amitiés
Philippe
Nous l avons quand même ce réseau avec ce forum
Meilleure soirée possible à toutes les deux et autres membres de ce forum
Philippe
Ma petite, ce soir, beaucoup d emotion : j ai ecoute Chantal, Helene,, Veronique, Patricia, Marie Odile, Jocelyne, Louise, Pascal, Louis, invites par Yacine a lire un de leurs textes, a exprimer leur deuil, leur souffrance, leur humanite. Deuil d un conjoint, deuil d un ou plusieurs enfants, deuil perinatal, suicide, solitude, arrachement, douleur, ecriture. Chacun, chacune a dit quelque chose qui a fait echo en moi.
J ai ecrit aussi, beaucoup. J ecris moins mais je met en forme mes ecrits en les illustrant peu a peu.
J avais envoye 3 textes mais n ai pas ose lire, participer, m exprimer, parler de toi, de nous, me montrer. Ai je vraiment quitte cet etat second que j ai fortement ressenti toute la premiere annee de deuil ? J ai tres peu " d occasions " de parler de toi, de nous, la famille et les connaissances ayant fuit bien vite ... mes nouvelles amies ne te connaissant pas. Et, quand je parle de toi, c est un peu comme si ce n etait pas moi qui parle, c est aussi un peu comme si cela confirmait ta mort, votre mort, et je m entend parler de ca, presque comme .... l annoncer ...
Peindre, ecrire, sur toi, pour nous, cela reste confidentiel, seule, en silence.
Tu es tellement loin de moi, toi, pour que je sache ce que tu en penses de tout ca, de ces hesitations, de ces allers retour, de toutes ces marche arriere, de ces questions sans reponse, jamais, et de ces instants ou encore je me dis : " t es plus la, a jamais, pour toujours, c est pas possible ..."
Je n'ai vu que la moitié du live.
Émue et touchée comme toi...
je n'ai pas osé participer , pas envie de m'exposer...
ni même envoyé de texte...
ou alors ça aurait été un bien noir, bien sombre, bien triste...
J'écris de nouveau...
avec une écrivaine publique...
j'essaie...de mettre en forme et mettre en mots partageables...
un récit cohérent...
on verra si ça fonctionne...
Tu lui parles à ta petite...j'envie cet élan vers elle...meme si c'est pour souffler un: " T 'es plus là, à jamais, pour toujours, c' est pas possible ..."
Bien à toi et ta petite
Merci Eva Luna,
Parfois je m interroge sur mes ecrits, certains tres sombres aussi, sur ma difficulte a en faire un ensemble coherent, sur mon incapacite par moments a juste desirer "en faire quelque chose ". Et cela m evoque un ecrivain dont je ne sais plus le nom, qui, suite a un deuil, a laisse inacheve certains de ses textes. Notre souffrance peut s exprimer sur le fond de nos creations ( textes ou peintures sombres ) mais aussi sur la forme ( une certaine incoherence, des repetitions obsedantes, des dessins inacheves, des toiles dechirees ) .
Cela me rappelle aussi le livre " le bleu de la nuit " de Joan Didion je crois, avec des repetitions qui signifient des images et pensees toujours actives malgre le temps ecoule.
Je viens de reprendre, apres 2 ans d arret, un suivi par une psy tres douce. En sortant de son cabinet, tres souvent un debut de texte me venait, et a chauqe seance je lui apportait quelques textes, elle les lisait dans la semaine, me les redait sans jugement, elle savait que ce partage m incitait a continuer a ecrire et m aidait aussi de cette maniere. Ce matin, en sortant de la seance, m est venue une idee de texte : " vie carbone" , c est a dire une idee a developper autour du cabone :
la vie c est noir : charbon, incendie, dessins prehistoriques,
ca brille parfois mais c est cassant et dur : diamant
Carbone: meme element pour 2 formes differentes, le charbon et le diamant.
Ca reste a ecrire, a illustrer au fusain noir, je vais essayer.
C est impressionnant ce besoin d ecrire, sur papier, sur l ordi, sur le forum, des ecrits tels des bouteilles a la mer, naufrages que nous sommes tous un peu.
Bien a vous.
Anic
Ma petite,
La psy avec qui j ai repris contact m a dit que je suis encore en " situation de survie " et que cela explique mes moments de total desespoir lorsque j ai l impression que mes quelques nouvelles amies ne me comprennent pas du tout ou bien sont tres differentes de moi ou bien ne m aident pas. Elle m a dit " elles sont dans la vie, vous vous etes dans la survie, et quand on est dans la survie on espere beaucoup des autres, on est d autand plus mal quand ils sont trop distants " Ces paroles ne m ont pas decouragee, plutot rassuree de comprendre un peu. Donc voila, ma petite, je suis dans la survie, je sais pourquoi, je sais que ca va durer, puisque, moi, apres toi, sans toi, je n ai pas d autre " ambition " que de survivre : pour etre aux cotes de ton frere sans etre un poids, pour faire " quelque chose " pour toi, pour ton pere aussi.
Ce matin, plantation de tomates cerises et de courgettes, avec compost et paillage d herbes coupees a leurs pied, et avec des petits ecriteaux scies dans du bois de cagette puis peints en gris ardoise, avec ecrit dessus : "tomates cerises " , " courgette vertes d Italie " , et puis, " le potager d olivier " et " le potager de Calixte ".
Au debut ... pendant plus d un an, j ai pense que jamais plus je ne planterai rien. Et puis voila, je suis allee dans les jardineries, c est tres apaisant, et j ai agrandi le tout petit potager d experimentation bio ou ma fille avait plante des radis et 3 pieds de patates pendant ses etudes de biologie. J y laisse les fleurs sauvages pour les abeilles, j y rajoute d autres fleurs aussi. J ai installe un hamac. Et je me dis qu ils pensent peut etre que c est un peu joli et que c est mon geste pour preserver les insectes, ces petites betes meconnues et essentielles qui passent toute leur courte existence a essayer de survivre.
Tout reste dur. Le jardin est pour moi une source de calme et de lien avec ma fille et mon mari.
Je vous souhaite a toutes et tous de trouver peu a peu quelques sources de calme dans nos tempetes interieures.
Courage.
Anic
Merci Anic de tes souhaits de calme et content que tu trouves quelques forces pour t'enraciner dans celui de ton jardin. D'accord aussi avec ta psy, en terme de survie. ça dure ce truc, ça s'aménage mais ça ne passe pas, je crois...J'ai l'impression, au fil du temps, de me solidifier pour résister, pour contribuer à installer de la paix dans un "dedans" et un "dehors". avec cette partie de survivance restant omniprésente, même distanciée.
Pour ex, à dire, aujourd'hui (c'était hier) ma fille aurait eu 31 ans, nombre de personnes croyant vous aider prennent un air un peu désolé ou compatissant et changent de sujet...Même pas un : "ça va, c'est pas trop douloureux, vous (tu) tiens le choc?". Pour beaucoup, voire des ami(e)s, cette simple question n'est pas possible. Une stratégie d'évitement somme toute assez fréquente et classique que nous croisons...Alors, oui, il reste de la survivance à "gérer", dans un monde qui ignore que parler de et à nos morts nous fait tout sauf du tort. Sans pour autant se complaire dans le mortifère.
Merci donc de penser à nous tous dans le calme de ton jardin, Anic.
Bizs.
Pascal.
Ah, j ai recu aujourd hui une lettre d un cousin de mon mari. En ouvrant l enveloppe je me suis dit que c etait peut etre pour prendre de mes nouvelles ... je doutais un peu vu le silence familial mais, juste le temps d ouvrir l enveloppe j ai pense que peut etre il se souciait enfin de moi, de nous ( nous = mon fils et moi ).
Mais non, pas un mot pour me demander comment je me debrouille, ni pour s excuser du silence radio, ni pour evoquer ma fille morte il y a 5 ans, j ai relu plusieurs fois pour chercher une vague trace de ca mais rien.
Il m ecrit parce qu il a besoin de mon avis ... voila, c est tout. Faut pas rever ... surtout pas.
Par contre, c est tellement triste : il a besoin de mon avis, de mon " experience " de la maladie ( genetique rare ) de mon mari, car il a decouvert par un test recent que son fils l a aussi. Debut pour lui et sa femme d une profonde inquietude selon l evolution, lente mais inexorable. Or, ce cousin et sa femme mennent depuis longtemps et avec volonte un autre combat deja puisqu ils sont tous les deux en fauteuil roulant.
La, je me dis, comme depuis quelques temps, seule maniere pour moi de faire coincider ces vies trop demolies avec mon ancienne croyance, je me dis que si Dieu existe, il est tres tres loin de nous. Alors, on est, humains, tous seuls, et on doit se prendre en main totalement, courage, et aussi se prendre par la main, car sinon on s en sort pas.
Je lui ai donc ecrit une lettre prenant de leurs nouvelles, decrivant sans trop de detail quelques difficultes lies a cette maladie, disant aussi qu on avait reussi a s y adapter, qu on avait malgre cela le sentiment d avoir reussi des choses, lui proposant de me recontacter sans hesiter pour d autres echanges.
C est triste tout ca. Comme on dit " j ai fait le job " , j ai eu la force de lui donner quelques reponses malgre son silence rompu sans delicatesse aucune, mais moi, de ce cousin, de la famille, j ai recu que du vide. Ah, je l avais presque oublie la famille ...
Dur.
Bien a vous qui connaissez ces silences.
Anic
Salut Anic.
Je trouve que ce que tu as fait en répondant malgré tout est vraiment bien, courageux, honorable et je te transmets tout mon respect. Nombre d'entre nous connaissent ces difficultés, bien sûr. Silence radio familial, total, pour ma part depuis 3 ans et demi, sauf d'une demi-soeur de ma mère que j'ai plaisir d'avoir au téléphone de temps à autre pour échanger. Elle est chrétienne et moi pas, ce qui ne nous empêche nullement ces échanges bienveillants et attentionnés C'est dire pour les autres : "on ne sait pas faire", me dit un jour un cousin que j'avais appelé.
Donc, ne pas faire à autrui ce qu'on subit fait, à mon avis, partie de la transformation que grand deuil nous inflige à acter pour gagner du terrain d'apaisement. ça demande des efforts énormes, parfois, peut-être plus faciles avec une certaine habitude qui s'installe : "vous ne serez jamais plus comme avant et ne souhaiterez non plus l'être" fait-il partie aussi de ce socle? Possible....Mais en tout cas, je salue cet immense effort de contenance, vraiment. Ici, nous savons ce qu'il en coûte.
Chaleureusement.
Pascal.
Ma petite,
Ma couleur preferee : turquoise. Les couleurs du deuil : noir ici, blanc dans d autres pays.
Tes couleurs preferees : blanc nacre, rose saumon. bordeau
Les couleurs de mes peintures : beaucoup de bleus, turquoise, cobalt, outremer, manganese, bleu de Prusse.
Tu avais une grande amie a la fac, d origine Guineenne. Vous dansiez ensemble la zoumba et elle trouvait que tu dansais tres bien. Tu lui avais dit : " je suis blanche a l exterieur et noire a l interieur ". On est restees tres en contact, elle est, contrairement a tous ceux famille/connaissances, la seule personne qui me parle de toi. Sa presence m est precieuse, elle m appelle sa " maman de France ". En novembre je lui ai prete ma maison pour son mariage avec tous ses amis et famille de France, Senegal, Guinee.
Toi qui avait defile avec elle pour dire " je suis Charlie ", je dis avec elle et toi " Black lives matter " .
Toutes couleurs sur nos tableaux et notre Terre.
Anic
Elle est forte, courageuse, elle s en sort, elle y arrive, elle sait s occuper, se debrouiller, elle assume, elle a l air d aller bien, d aller mieux, elle a pas l air sympa ni cool, mais elle embete personne, elle demande rien, donc ca va.
Des mois, 3 ans, 5 ans, qu on l a pas appelee, qu on lui a pas parle ni ecrit, qu on l a pas vue, mais bon, ca doit aller, elle a du passer a autre chose, comme tout le monde, forcement. 3 ans, 5 ans, deja, on voit pas le temps passer, on a des vies bien remplies, on profite.
Elle ? Chacun sa vie. Elle a qu a faire son deuil et refaire sa vie, faut avancer dans la vie, faut avoir confiance, aller de l avant.
On n a pas de nouvelle d elle, surtout on n en prend pas, on veut s amuser nous, passer du bon temps.
Elle n a plus son mari ni sa fille, c est bizarre quand meme, elle est pas un peu maudite ? La vie est belle, profitons, laissons la.
Elle ? On l aime bien en fait, mais de loin, de tres tres loin.
Imaginent ils a quel point, elle, elle les a presque oublies, elle les a mis dans une boite qu elle a bien refermee, les a listes sur une page qu elle a tournee, connaissances d avant, famille des 2 cotes. Parce que elle, elle ne pense qu a eux deux : depuis 3 ans disparu, son mari, depuis 5 ans ailleurs, sa fille. Elle, le reste ...
Bonjour Anic.
Je comprends ce que tu ressens. comme une bataille de tous les instants, jamais perdue, jamais gagnée. il y a des pages qu'il est possible de tourner, en prenant sur soi, en grandissant, ce me semble, mais dans "notre job à plein temps de continuer la vie psychique de nos défunts", comme dit Eva, personnellement, je ne trouve d'autres solutions que de tracer une frontière plus ou moins perméable entre ce "lui", le Papa-deuil, et l'autre "lui " le Papa-seuil", celui qui montre l'exemple de la porte du social,celui d'un bonheur amputé mais bonheur tout de même. Curieuse dissociation, adaptation d'un intime du deuil qui ne saurait se tarir, adaptation à un environnement qui ne saurait nous supporter sans leur mentir un peu sur notre état.
Je ne sais toujours pas très bien répondre à cette affirmation que me fit récemment ma mère : "Ils (la famille) t'ont tous abandonnés et tu en souffres". Bah, non, pas vraiment...cet éloignement est plutôt pour moi le signe du prix à payer pour s'individuer, se distinguer de ce qui les afflige, à mon avis. Je ne dirai pas la même chose de mes ami(e)s et encore moins de mes enfants, beaux-enfants et petits-enfants. Là, il y a du perméable, même si je contiens mes activités et mon intime de Papa-deuil, il n'est pas secret. Je me suis même "battu" pour que ce soit reconnu, il y a des batailles qui valent le coup d'être menées et d'autres pas. Celle de la famille, pour moi, ne fait partie que d'un constat, toute la différence, constat que je maintiens "amiable", sans autre besoin.
Merci, toujours, Anic, de nous partager tes pensées. Elles vivent dans notre communauté d'appartenance et pas question de les enterrer, nos droits de parents-deuil. De mari décédé, pour toi aussi.
Ma fille me manque atrocement, ces temps-ci. Je doute que le temps aide sur ce versant, presque l'inverse. Mais, je vis avec ce manque et mes "voies" intérieures, toujours présentes dans cette présence/absence qui fleurit en nous.
Bien à toi.
Pascal.
Bonjour Anic
Bien à toi comme le dit Pascal
Et puis comme le dit souvent Anic : luttons
Même si parfois on a envie de baisser les bras
Notre souffrance leur fait peur ou ils veulent profiter de leur vie sans un mot pour leur proche en souffrance.
Et oui Anic on doit être bien nombreux sur ce forum a avoir vécu cette indifference
Mes amities les plus sincères et tout mon soutien
Philippe
Merci beaucoup Philippe, Pascal, pour votre soutient.
Tres triste, pas l energie d ecrire davantage. Courage a vous.
Amicalement.
Anic
Citation de: Anic le 14 Juin 2020 à 01:43:31
Elle est forte, courageuse, elle s en sort, elle y arrive, elle sait s occuper, se debrouiller, elle assume, elle a l air d aller bien, d aller mieux, elle a pas l air sympa ni cool, mais elle embete personne, elle demande rien, donc ca va.
Des mois, 3 ans, 5 ans, qu on l a pas appelee, qu on lui a pas parle ni ecrit, qu on l a pas vue, mais bon, ca doit aller, elle a du passer a autre chose, comme tout le monde, forcement. 3 ans, 5 ans, deja, on voit pas le temps passer, on a des vies bien remplies, on profite.
Elle ? Chacun sa vie. Elle a qu a faire son deuil et refaire sa vie, faut avancer dans la vie, faut avoir confiance, aller de l avant.
On n a pas de nouvelle d elle, surtout on n en prend pas, on veut s amuser nous, passer du bon temps.
Elle n a plus son mari ni sa fille, c est bizarre quand meme, elle est pas un peu maudite ? La vie est belle, profitons, laissons la.
Elle ? On l aime bien en fait, mais de loin, de tres tres loin.
Imaginent ils a quel point, elle, elle les a presque oublies, elle les a mis dans une boite qu elle a bien refermee, les a listes sur une page qu 'elle a tournée, connaissances d avant, famille des 2 cotes. Parce que elle, elle ne pense qu a eux deux : depuis 3 ans disparu, son mari, depuis 5 ans ailleurs, sa fille. Elle, le reste ...
Ben oui, la désertion de l'entourage... leur lâcheté...l'abandon de certains...le silence des autres...leur maladresse parfois... qui vaut toujours mieux que le silence... tout ça nous rajoute une lourde brique sur le frêle esquif à demi submergé que nous sommes devenues...
Avec le temps... ça me blesse moins, ça m'enrage moins...
mais je n'oublie pas...
même si j'ai pardonné à certains qui ont su revenir vers moi... rares...même si j'ai compris leur incapacité à être juste là.. présents...
je me dis qu'ils ne m'aimaient pas assez pour trouver le mot ou le geste qui m'aurait soutenue de leur humanité...
j'ai avancé sans eux...
Oui Eva, c est exactement cela : ils ne m aimaient pas assez pour ... venir vers moi, m aider d un mot ou d un geste.
Cela m a beaucoup questionne sur l humanite en general , et je me suis souvent dit qu aux temps initiaux de la prehistoire, si l on ne s etait pas sans cesse entraides, pour la survie physique et psychique, notre espece n aurait pas survecu.
Cet abandon total est aussi une profonde blessure narcissique, qui devient un obstacle supplementaire dans notre deuil.
Et je ne suis pas du genre a tendre la joue droite quand on a frappe la gauche...
Par contre, quel soulagement ici de se sentir entendu et compris, c est pour moi magnifique.
Et cela me confirme qu il y a bien encore des mots et des gestes qui valent le coup d etre partages.
Merci Yacine, merci Eva, Pascal, Philippe, Adnarag et tous/ toutes les autres ici du forum.
Anic
tu sais Anic..
c'est pour des commentaires comme le tien
que je continue à écrire ici...
mercis...
Je crois que mon père m'aimait assez pour vouloir me soutenir en toutes circonstances. Il n'était juste pas capable d'exprimer son soutien indéfectible et moi parfois incapable d'accepter ce qu'il pouvait uniquement donner...
Les années ont passé, la colère est toujours présente quelque part, à mon père j'ai pardonné depuis longtemps un handicap (qu'on dit social, mais qui était une richesse aussi, même si on ne s'en rend pas toujours compte. C'est pourquoi aujourd'hui la différence me parle beaucoup) qui l'a fait lui-même beaucoup souffrir.
C'est différent pour tous ceux qui auraient pu, mais n'ont pas fait. Après la colère, viendra une bienveillante indifférence, je ne me crois pas capable de plus... Incapable de retisser des liens trop distendus.
La seule chose positive est que si je n'en tire aucune fierté, je n'en ressens pas de honte ni de dépréciation de moi-même. Je me fous la paix là-dessus puisque la paix ne m'est jamais acquise dans toutes autres circonstances...
"bienveillante indifférence"...
j'suis pas capable de ça ...
et doute d'y parvenir un jour..
j'essaie même pas...
ou alors à l'insu de mon plein gré...
à la place d'une détestation indifférente...?
Ton pére, Faik, se souciait intensément de toi... sans le dire avec des mots...entravé dans l'expression des sentiments par ce trouble qui a handicapé ses relations...
J'avais lu un truc une fois qui m'avait scotchée" On ne devient réellement adulte que le jour où on pardonne à ses parent de n'être que ce qu'ils sont"
Mon père était un père très silencieux...Lui ai je pardonné?
Les deuils ne se deroulent pas hors contexte, c est certain.
Mon pere ne m a jamais aidee en quoi que ce soit, bien au contraire ...
Apres la mort de ma fille ma mere m a dit " je ne peux rien pour toi "
J ai avance dans ma vie en me disant qu on n est pas du tout oblige de tout accepter ni de tout pardonner, meme si cela rend plus paisible. La mort de ma fille et toutes ses consequences ont renforce cet etat d esprit.
L indifference, j essaye d y parvenir. La honte d avoir ete autand delaissee, je viens de comprendre qu il faudrait que j y travaille, car je rase encore les murs ...
Merci de me faire reflechir a tout cela Eva, Faik.
Fete des meres ... ? Fete des peres ... ?
8 mois que mon fils n etait pas venu a la maison, j etais allee le voir chez lui en fevrier, 4 mois qu on ne s etait pas vus. Arrive vendredi soir, reparti ce soir. On a passe un week end calme, repos, repas au jardin, petits rangements et bricolages ensemble, tranquille. Mais seulement 2 sur 4.
Sans ma fille je ne suis plus qu une moitie de mere, et encore ...
Son pere n est plus.
Nous on ne peut plus celebrer ces fetes, certains y parviennent malgre tout, pas nous 2. C est ainsi. Il n y a de toute facon pas d obligation. Mais, avec sa soeur et son pere disparus, avec ma fille et mon mari disparus, a lui, a moi, la vie a aussi arrache ces fetes la, celle de meres, celle des peres, et tant d autres.
On se debrouille pas trop mal pour vivre apres ca, mais ce qui nous a ete arrache, a lui, a moi, est d une ampleur gigantesque. Une blessure multiple et permanente. On se debrouille oui, mais ... en evitant des situations, en eludant des souvenirs, en ne regardant pas nos photos, en n evoquant pas trop le passe, en s auto persuadant chacun qu on doit tenir, moi pour lui, lui pour moi. C est dur. A peine croyable certains soirs.
Je suis une deux-tiers de mère...
leur père n'est plus non plus...
Anic et Eva Luna
Vous qui avez tellement de grandeur d ame de venir me soutenir sur mon fil, je veux vous apportez aussi tout mon soutien dans vos epreuves
Perdre son enfant doit etre tellement horrible
Je ne peux que l imaginer pas le ressentir
Mon coeur est avec vous
Philippe
Eva Luna, Philippe,
Merci de vos messages.
Cette periode m est difficile, 15 juin au 7 juillet, les 3 dernieres semaines de vie de mon mari, 3 semaines d hopital a rien comprendre pour moi, a s epuiser et a delirer pour lui. Le 7 juillet vers 20 h, avant que je rentre a la maison, il m avait dit que " les vacances commencent mal " : son dernier trait d humour. A 22h il n etait plus ... a 56 ans, il avait fini de survivre a sa fille.
Tout cela me depasse, totalement. Je ne cherche pas d explication, de sens, je n ai pas de veritable but, j ai tres peu d elan, juste le devoir absolu de ne pas alourdir la peine de mon fils. Mais la cruaute de la vie, qui nous brise et nous laisse la, sonnes, demolis, seuls, qui nous contraint a tenter d oublier familles et connaissances egoistes et bienheureux, la vie m est devenue amere, tant il s agit de boire le calice jusqu a la lie.
Anic,j'avais perçu à quel point la période était lourde et sombre pour toi... et je ne t'ai pas envoyé mon livre pour ne pas rajouter du noir au sombre...c'est surement pas le meilleur moment pour me lire...L'enveloppe est prête, pourtant...
mais j'ai plus de timbre...
Tu dois survivre à 2 décès d'essentiels à ton existence et c'est pire que l'Everest pieds nus...
Ce devoir absolu qui t'anime , te porte, t'oblige...c'est exténuant aussi...
Je ne peux que me tenir là, à peine devant toi sur le chemin du deuil à traverser coute que coute... et je confirme que le prix en est exorbitant...
mais également qu'une sorte de paix des braves peut advenir un jour...
Je t'embrasse et t'enlace...
Soir des vacances scolaires d ete, chaque annee je faisais un petit cadeau a mes enfants pour feter les vacances : ballon ou maquette a construire ou scoubidous a tresser ou petite revue.
Soir des vacances scolaires d ete, il y a 3 ans, c etait un 7 juillet, mon mari qui meurt, l infirmier m a dit " en 10 secondes " ...
De toute facon, l ete, ca faisait 2 ans et demi que ca n existait plus vraiment : mon fils, grand, loin, qui s efforce de faire sa vie, et c est le mieux qu il puisse faire, pour lui, pour nous. Mon mari, de plus en plus affaibli et mutique. Moi, en apesanteur, en enfer, depuis qu elle, ma fille, est morte un soir d hiver.
Ce soir, un ballon degonfle, une revue dechiree, une maquette ecrasee, un scoubidou brule, et 10 secondes et un hiver de trop, j ai tout ca dans la tete.
Je me debrouille, je m occupe, je prend des vitamines et vois un psy pour aller le mieux possible et en cela permettre a mon fils de faire sa vie, car j ai refuse notre aneantissement, car ne pas accepter tout ca est devenu mon ultime force, entre desespoir et rage de lutter quand meme. Mais, depuis 5 ans, l ete m est difficile, absurde. C est fou comme cette saison que j ai aime a pris un aspect cruel.
Courage a toutes et a tous pour cet ete.
Anic
Bonjour Anic, Eva.
J'aime bien cette expression : "une sorte de paix des braves". Je la trouve extrêmement juste et un peu la seule réponse que nous puissions trouvée à ces espaces/temps devenus cruels alors qu'ils furent source de joie. Même si la douleur s'érode, avec des angles moins vifs, il nous reste le manque et le vide à côtoyer, quotidiennement. Comment l'oublier? C'est impossible. Mais il me semble que d'être reconnu(e) comme "brave" amène effectivement une forme d'apaisement. Alors, à défaut d'une reconnaissance plus large, c'est par le biais de ce forum et d'autres que nous pouvons partager cette reconnaissance. Oui, Anic, l'été n'est plus porteur de ces moments d'avant et nous devons en ouvrir d'autres, dans ce long travail intérieur d'une conscience élargie à d'autres horizons que deuil nous amène à arpenter. Reçois la mienne en tout cas Anic, comme à Eva, sans hésiter à nous retirer quand besoin s'en fait sentir.
Bizs et courage!
Pascal.
Une brassee de branches de notre olivier et quelques roses, je les ai deposees ce matin, hier j ai pas eu le courage, mais on n es pas a un jour pres ...
Je ne m habitue pas. Qu est ce que 3 ans face a l eternite ?
Je me debrouille pas trop mal mais je m habitue pas. Je ne m habitue pas a ton absence prematuree malgre ta maladie. Je ne m habitue pas non plus au silence de nos familles et entourage d avant. Ils ne t ont peut etre pas tous oublie mais en tout cas ils oublient de m aider, alors que juste un petit mot me ferait deja du bien. Mais peut etre n avons nous plus le meme langage.
Je vais essayer de viser la paix des braves, comme une vieille indienne qui marcherait sous un soleil de plomb en portant une brassee de branches et de fleurs.
Je pense à toi, à ton hier impossible, à aujourd'hui fleuri,et à demain qui sera moins pire surement, si tu parviens à trouver la présence dans l'absence qu'on nous promet...
et je pense à ta fille, prématurément disparue, partie, morte...je ne sais quel terme te convient le moins mal...
je m'oblige à dire : morte...
je t'embrasse...
Je m'oblige comme toi, Eva, à dire "morte". Ou "depuis son décès", ou "décédée". ça continue de me heurter mais des termes comme "partie" ne m'aident pas. Il y a et aura toujours à vivre avec cette partie, et là le terme me convient, cette partie de moi qui refuse la réalité. C'est certainement une forme de notre force de survie qui maintient une emprise nécessaire à ce que nous ne nous effondrions pas : "le job à plein temps" de maintenir une survie psychique de nos enfants prématurément décédés. J'ai osé me frotter au fantasme de ma fille ayant maintenant 31 ans. Devenue éducatrice, elle venait se détendre auprès des siens, comme ses frères, son compagnon....Puis j'ai refoulé. C'est presque dangereux. Mais, pourtant, c'est comme un fil de vie qui se maintient, avec un pied non dans la tombe, mais dans le vivant.
Je ne pense pas que ceci change avant ma propre mort. C'est hors de portée et il nous incombe de poursuivre cet apaisement du deuil qui implique le rejet de l'inadmissible côtoyant le réel...Et peut être que c'est aussi une forme de maintien du réel de nos enfants autrement "vivants" qu'incarnés.
Etre constamment confrontés à cette tension en nous nous sépare définitivement, à mon avis, de celles et ceux qui n'y sont pas contraints. Cela me permet de mieux tolérer l'indifférence familiale : une frontière de l'entre-deux dans laquelle j'évolue alors que leur propre évolution ne s'enracine pas dans cet espace qui est le nôtre.
Eva, Anic et parents-deuils nouvellement actifs sur le forum, je pense à Laurence, toute ma chaleureuse solidarité.
Pascal.
12 juillet, st Olivier, il y a 3 ans, sous un soleil de plomb, on t amenait, Olivier mon mari, en ce dernier lieu. A 56 ans tu rejoignais notre fille qui depuis 2 ans et demi n etait plus, morte a 19 ans.
12 juillet, c etait, 27 ans avant, le premier jour ou l on s etait parles.
Je ne cherche pas de pensee qui rende votre mort " supportable ", non. Je n ai toujours pas trouve comment rendre ma vie supportable apres tout ca, je cherche pourtant, mais j y arrive pas. Difficile.
Bien a vous.
Anic
Anic
De tout coeur avec toi
Perdre sa fille puis son mari doit etre une epreuve si difficile que tu mérites plus que notre empathie tu mérites notre affection
Chaleureusement
Philippe
Ps courage a toi ainsi qu a tous les parents qui ont perdu leur enfant
Merci De tous vos gentils messages, Eva Luna, Pascal, Philippe.
Dans ma peine, j ai regarde en replay sur Arte un reportage tres dur ( je ne vous le conseille pas vraiment) sur la maternite de Manille aux Philippines : dortoir commun immense, bruit, promiscuite, pauvrete, entraide, amour et detresse dans le regard de ces jeunes femmes qui acceuillent un nouveau bebe et se demandent comment elles vont faire, sans boulo, sans argent, pour s en occuper alors qu elles en ont deja plusieurs. Pas de complaisance du genre " ils sont pauvres mais ils savent etre gais " dans ce reportage. J ai depuis tres longtemps bien conscience de la misere dans le monde et j ai toujours reconnu ma chance. Le deuil, les deuils ont totalement envahi mon esprit et mon coeur, m ont presque aneantie de chagrin, sauf le devoir absolu de rester et de lutter pour mon fils. Mais ce reportage m a fait un choc salutaire. J ai pense que je devais vraiment prendre soin de moi et arriver a faire quelque chose du reste de ma vie car, contrairement a ces jeunes femmes, j ai les moyens d agir un peu sur ma vie a venir. Quoi faire de ma vie je ne sais pas, mais ne pas sombrer, ne pas m enliser dans la paralysie. Etre en deuil, pas le choix, etre triste souvent, mais s efforcer de vivre quand meme. Ca m a fait l effet d un second devoir d existence.
Puisse mon message de ce matin redonner une petite lueur d espoir aux parents endeuilles qui cherchent, comme moi, s il faut vivre apres ca, et comment.
Ce reportage m a marquee et a amplifie ma volonte de lutter, peut etre parce qu il portait sur des jeunes femmes, courageuses mais desemparees, des bebes, et que ma fille ... n aura jamais de bebe ... elle n est plus la ... pourtant je sais qu elle etait courageuse. Elle, elles, moi, detresses differentes, meme dure lutte pour la vie.
Courage a toutes, a tous.
Anic
Salut Anic.
Je partage totalement ce terme que tu nous transmets ainsi que son essence : un devoir d'existence. C'est exactement ce que je ressens de ce que nous laisse à vivre et agir nos enfants défunts. Cela demande un travail intérieur immense, il est impossible de le nier : sortir de la colère, se délier de la vengeance, transformer l'absence sans verser dans la niaiserie, augmenter notre responsabilité sans se prendre pour un messie, "malaxer" le deuil pour qu'il ne s'envenime pas de racines malveillantes,..Cela peut paraître bien mince que de croire que ce que j'appelle l'ordre universel interagisse sur le vivant par l'absence qu'il nous laisse en opérant tel ou tel choix...C'est pourtant une lutte dont le partage participe d'un soulagement, solidaire n'est pas un vain mot face à ce que nous vivons dans nos chairs.
Le 12 juillet pour toi, le 5 août pour moi, d'autres dates pour Eva, Philippe et bien d'autres, quelque part, nous partageons une force collective pour les rendre plus supportables.
Bizs.
Pascal.
Quelle belle formulation, Adnarag, qui résume si justement cette fonction du deuil que je ressens avec le temps. Un fil permanent qui souvent s'exprime dans les gestes les plus modestes, presque anodins au x regards d'autrui. Mais, après tout, quand une graine pousse, ne faut-il pas en prendre soin plutôt que de se désespérer de l'aridité des déserts que deuil nous amena à traverser? Une réalité qui en ouvre une autre : à défaut de convaincre, nous sommes toutes et tous en lien. Je crois que la façon dont deuil nous amène à appréhender le vivant sous un autre angle agit comme pour les 100 singes "laveurs de patates douces". Un point bascule de changement dont nous sommes vecteurs.
Bien à toi, Adnarag.
Pascal.
et un jour, accepter ce nouveau devoir d'existence...
trouver sa cause qui vaille...
et regarder vers demain
un demain de tristesse certes, toujours...
mais un demain où inventer-créer " les moyens d' agir un peu sur ma vie à venir"...
donne du sens... un sens...
Ce jour où un avenir existe ,est en même temps si triste et si nécessaire...
Pour moi c'est celui où j'ai détaché mes yeux et mon coeur du jour de sa mort
et où je me suis retournée pour vivre malgré la tragédie...
parceque c'est dur de vivre toujours à reculons ...
Je suis devenue championne de la volte face!
Oui Eva. Ce que nous vivons de ce volte face et de ce devoir d'existence évoque pour moi cet arrachement à une illusion qui nous condamne à regarder une réalité en face. Comme si grande partie de l'humanité marchait à reculons vers un gouffre que deuil prématuré nous a infligé à voir. Comme si nous devenions des éléments d'un ensemble aveugle à lui-même dont nous serions des yeux. Très impuissants pourtant à transmettre que notre démembrement n'est pas la seule solution pour changer et prendre conscience de la finitude. Avec en prime la culpabilité à contenir. Etape bien différente de ce que nous avons traversé dans le désert sans non plus que ce ne soit jamais bien loin. Ce n'est pas facile de mettre des mots la-dessus sans verser dans une sorte "d'ivresse imaginaire" ou un déni qui suppose un état de résilience acquis...Je reste partisan d'un volte face qui nous contraint à gérer un état de tension encore loin du principe du Nirvana mais que nous considérons petit à petit sous un angle de fonction plus que de tragédie. Et heureusement que nous pouvons échanger sur tout ceci : moi, je m'y sens moins seul! Un processus de thérapie commune que nous alimentons de nos partages, c'est le sentiment que je ressens.
Bizs tt plein, Eva.
Pascal.
En ce moment je suis plus volte, que face...
Suite a la video de Frederic Lenoir, je ne parviens pas a entendre cette possibilite de croissance grace a une acceptation, apres le deuil de ma fille. L acces a cette forme de sagesse m apparait inaccessible, voire hors de propos en ce qui me concerne, meme si je realise bien que ma revolte est une souffrance supplementaire. Pour un peu d humour je dirai que je ne suis pas sage.
Merci neanmoins de ce partage qui aide un peu a se situer.
Bien a vous.
L ete.
On allait au camping au bord de la mer et on faisait du velo le long de la plage.
Je reste chez moi, fatiguee, je jardine un peu, je lis un peu., je traine. C est triste et long un ete sans toi, sans nous.
L impression que cet ete est encore plus dur que les 6 precedants. A quoi bon aller a la mer pour pleurer sur sa serviette. Envie de rien. Je m allonge dans mon jardin, je lis un peu, le temps est tres long.
Une amie fetera son anniversaire le 29 aout, elle m invite, je n irai pas, incapable de supporter ca, car moi, l anniversaire que j ai dans le retroviseur c est le tient ma gamine, le 25 aout ... et ca me remplit de tristesse, a raz bord.
Je ne supporte aucune fete, je suis devenue je crois allergique aux anniversaires, et toutes les rejouissances des autres creent en moi une vraie torture qui m eloigne d eux, Impossible de lutter, juste s eloigner ... j avais bien besoin de ca ...
Alors cet été,tu t'éloigneras de ceux qui vivent et se réjouissent tandis que toi, tu survis et tu pleures ta fille...
Le 25 aout sera de grande tristesse, pas de place pour les réjouissances...
A quoi bon...en effet...
Mais l'été prochain, peut être que tu auras envie de quelque chose...en lien, ou pas... avec "ta petite"...
L'art de culpabiliser est devenu depuis quelques dizaines d'années un mode de fonctionnement prépondérant. Mode régulateur instruisant les tensions des couples, les liens sociaux, la faute est à autrui et jamais à soi. Pourtant les tensions font partie de la vie, mais, que je sache, sagesse et responsabilité n'empêchent nullement de regarder dans le rétroviseur quand on avance....Surtout les dates de "merde" qui nous forcent, nous, les deuillonautes, à esquiver, louvoyer, stratégiser, encaisser et nous isolerparfois...Et quand, le 5 août, date de "merde" pour moi, je sentais la culpabilité pointer son nez alors que je partageais un moment festif avec des ami(e)s et proches, pas pu m'empêcher de jeter un oeil dans le rétro...Le retour fut "un, je t'aime Papa, auquel j'ai répondu de même". Anic, Eva a raison, cette année est loin d'être top, mais année prochaine, en lien ou pas avec "ta petite", ton courage solitaire aura fait son "bout" de chemin pour qu'un "bout" de cheminement peut être un peu différent de cette année amène ce que j'appelle "d'autres champs du possible". Très belle analyse de Lumière qui résume bien des aspects de notre parcours, je trouve.
Bizs.
Pascal.
Fi de mandoué. Merci Adnarag. J'ai pu pleurer, c'était coincé.
Merci de tous vos messages qui sont de grandes aides.
Courage a vous toutes et tous
Anic
Le 25 août toutes mes pensées iront vers toi, vers ta fille et vers ton mari
Courage
On pense à toi
Chaleureusement
Philippe
"remplie de tristesse à ras bord"
Exactement ça certains jours
L'été s'étire vers cette date...
Je pense à toi
Douces pensées pour toi en ce jour.
Malgré le chagrin, la dévastation que l'amour soit présent pour toi pour elle
Je pense a toi, a ta fille et a ton mari
Chaleureusement
Philippe
Et aujourd'hui la tristesse déborde...et menace d'engloutir...
je pense à toi...je pense à Calixte,
je suis triste avec toi...
Merci, merci de tous vos mots, images, pensees. Je suis tres touchee.
Vous etes celles et ceux qui osent s approcher et s entraider.
J arrive a survivre, en retrait, en apnee, en lutte permanente, enragee a jamais.
Car, ce bebe aux cils transparents qui a ouvert ses yeux bleus le 25 aout, il y a 25 ans, ma fille, ma gamine, ma petite etudiante, tout en moi s ecrie et supplie ' rendez la moi, qu elle vive '
Merci a vous. Courage aussi.
Anic
Journee de boulo insupportable hier : une collegue, qui sait que ma fille n est plus, que mon mari n est plus, s est mise a plaisanter brievement sur une maladie degenerative. Mon mari avait ca ..., j ai pas supporte les rires de cette collegue, je l ai recadree sechement et calmement, d autres m ont ecoutee sans broncher, j ai quitte la piece en ebulition interieure. Aucune excuse de cette collegue, trop fiere pour ca, aucun geste de personne, rien. Une fois chez moi j ai pleure longtemps sous la douche ( c est le seul endroit ou j arrive a pleurer vraiment ) Du coup petite inondation dans la salle de bain ...
Je ne supporte plus ces gens la. Je n ai pas la force de passer une seule seconde avec des muffles, des indifferents, des " moi je ", des mielleux sans presence, encore moins avec ceux qui pronnent la joie obligatoire et rient de tout . Malheueusement tout mon entourage est comme ca...
Tout ca me demolit. J ai pas d armure contre eux. Je les evite au maximum. Mais c est pas toujours possible et c est tellement triste.
Ce matin, l envie recurrente de vivre en ermite dans des contrees oubliees. Dans une cabane au bord d un lac gele, comme dans le livre " dans les forets de Siberie ".
Dur.
Bien a vous.
Anic
Au mieux c'est de la maladresse...
au pire de la connerie...
mais ça ne dispense pas de s'excuser ...
Triste pour toi...de si mal être entourée.
Un week end immobile.
Desesperee par trop d isolement, de fatigue, de superficialite des autres.
" ca va ? " m a dit une collegue en me croisant vendredi, cette fois j ai hausse les epaules. Faire semblant, pour les arranger, j y arrive pas, ca me remue le couteau dans la plaie, s ils savaient a quel point.
Ma soeur et ses 3 filles ..., a 15 km, pas vus depuis ... janvier, pas de message, pas de proposition de coup de main, ni de cafe ensemble, rien, juste rien. Mon cousin a 30 km, pas vu depuis ... 5 ans. Mes autres cousins, rien depuis ... leur smsala mort de mon mari il y a ... 3 ans. Mes anciennes copines, rien.
Mes nouvelles copines, j ai de plus en plus l impression qu on se voit quand je vais ' bien '.
Desesperant.
Pourtant, meme en etant tres malheureuse, j ai vraiment voulu garder en tete un but, ne pas me resigner, ne pas sombrer, et j ai assure plein de choses difficiles, je suis autonome totalement.
Mais ce qui m acheve la, c est vraiment cet abandon, cette negligence que je ressents si forts que je me demande bien comment je peux m en sortir. C est pour moi insuportable. A ma peine immense, vraiment immense ..., vient s ajouter rancoeur et mefiance envers les autres, desillusion totale envers la vie.
Je survis, pour mon fils. Mais c est invivable, moi j y arrive pas.
Desolee pour cette desesperance, ici on n est pas tenus a la pensee positive, si loin de moi.
Courage a vous.
Anic
Je déteste la pensée positive.
Je comprends ta désespérance.Pour la connaitre de l'intérieur. L'avoir connue, devrais je écrire...
Pour moi, je l'appelais ma désespérance rance.
Liée bien sûr au sentiment d'abandon...et aux abandons bien réels,au difficile de la survie,à la solitude crasse,à la désillusion sur le monde et les gens...à la sensation de ne pas arriver et jamais...
Ça passe un peu mais il en reste une couleur spéciale de ma vie...une désespérance fanée,usée, usagée...
Il m'a fallu 7/8 ans ...
C'est très long de désespérance...
Il "suffit" de 2 ou 4 mains secourables ...
et de mon lent et patient et immense travail pour user émotions, sensations, rages...
J'ai quitté cette contrée de la désespérance, je crois ...mais j'en garde la marque...
J ai l impression de passer mon temps a tenter de colmater les breches d un bateau qui prend l eau. C est a dire qu apres le boulo et l entretient de la maison, j essaye de faire des choses diverses pour " aller mieux " ou du moins " tenir " : activites qui me plaisent comme jardinage poterie peinture, complements alimentaires d une naturopathe, nourriture saine, quelques rdv psy, lectures diverses sur le deuil la resilience la psychologie, repos, ecriture sur un carnet noir pour soulager le trop plein de colere. Il faudrait que je sorte marcher, j en ai rarement le courage. Mais cela reste tres rude, tres desesperant, d autand plus que j ai encore tres peu d amies nouvelles ( famille et connaissances d avant ayant courageusement deserte ... ) . Alors je me demande si je fais ce qu il faut, s il y aurait quelque chose d autre a essayer ?
J ai lu que ce n est pas le temps qui apaise un peu la peine, mais que c est ce que l on fait de ce temps.
Merci si vous pouvez me faire part de certaines choses que vous faites vous pour essayer d endiguer peine, emotions, colere, desesperance, etc.
Courage a toutes/tous.
Anic
Salut Anic,
Perso, je trouve que tu te débrouilles bien dans ce maelström....Courant marin formant un tourbillon.
Je ne pense pas qu'il y a de recettes autres que notre confiance à cultiver, soigner presque, dans cette force de vie qui nous tient à flots, malgré ces passages terribles à surmonter, de ce sentiment de viduité et de non-sens de ce qui nous portait à une certaine "insouciance" avant le décès de nos enfants, de nos compagnes et compagnons décédés prématurément. Une question que je me suis posée souvent repose maintenant en paix dans ma façon d'être : quelle valeur peut avoir la confiance si elle n'était pas soumise en permanence aux tiraillements, voire aux harcèlements du doute? Mais, bien d'accord avec toi, plus que rude épreuve.
Pascal.
A force, a force de voir le decalage immense avec les autres, cette facon qu ils ont d etre absents, meme les tres rares que je cotoie, a force de sentir qu ils voudraient qu on aille bien juste pour que ca les arrange eux, a force de les entendre dire que la vie c est bien, c est forcement, obligatoirement bien, voila que, moi qui les ai peu deranges avec mon malheur, je finis par me taire, vouloir me taire pour ne plus entendre leurs mielleuses pensees positives si hors de propos qu elle achevent de me desesperer. Moi je refuse d enjoliver ce qui ne peut pas l etre. J avais espere un peu de reconfort en certaines connaissances nouvelles, nouvelles puisque les anciennes ont absolument toutes quitte le navire. Mais non, ni de celle qui n a pas connu un tel drame et ni de celle qui a vecu cela. C est sans doute pas des personnes qui me conviennent finalement. Mais ces desillusions de plus sapent l energie qui me reste. Maintenant j arrive a preferer etre seule, le plus possible en dehors du monde, et a tout taire. Meme ici j ai maintenant du mal a ecrire. Finirai je par donner raison a tous ceux qui par leur absence , inattention, incomprehension, decalage abyssal m auront peu a peu muselee. Il y a des desastres qui nous laissent si longtemps terrasses devant les decombres a perte de vue, a perte de vie.
Je cherche juste desormais a habiter mon ile deserte sans plus guetter aucun navire au loin. Mais c est un peu le contraire de l humanite tout cela. Physiquement ou moralement il est des vies qui echouent ainsi sur certains rivages.
Bien a vous ici.
Anic
Le repli dans sa grotte...
le refuge sur son ile déserte...
c'est la tentation
quand la douleur de vivre sans Elle ...
et aussi sans soutien...amical ou familial...
et aussi cette sensation de vivre à coté des autres...
incomprise et solitaire...
deviennent trop puissantes...
Je te comprends tellement...
A distance, de 10 ans... j'en suis sortie un peu ,de cette désespérance.
Je vais mieux...un mieux inespéré même si un mieux partiel , évidement .
Merci Eva pour ta presence rassurante.
Vies difficiles. Les echanges comprehensifs aident tellement.
Un jour peut etre serais je capable d apporter ce reconfort humble et precieux d autres.
Merci a toi. Courage a toutes et tous.
Anic
Pour me parler un peu de toi ma petite il y a juste ton amie de la fac avec qui je suis restee en contact.
Je me souviens de nos repas quasiment silencieux ton pere et moi apres ta mort, pendant les 2 ans et demi ou il a vecu encore. Ces repas ou je me disais que finalement son silence me convenait. Mais quand il est mort lui aussi on a perdu l un et l autre cette ultime possibilite de parler un peu de toi ensemble.
Je continue cette triste vie, j economise sur mon salaire de mi temps, je rafistole mes vetements, je depierre mon potager, je coupe du bois, je suis devenue une espece de vieille femme qui vit en dehors du monde et qui n essaye plus d y revenir. Je ne sais pas si vous me voyez de la haut, ma petite, mon mari, mais si c est le cas je me dis que vous comprenez, vous.
Elles s'effacent un peu plus quand personne ne nous parlent d'Elles, nos petites...
Couleur sépia ou pastel...
S'ils savaient comme c'est précieux de parler de nos filles de temps en temps...
les occasions se raréfient...les gens capables de de le faire avec délicatesse aussi...
Si....de la-haut ils te comprennent.
Ici bas, je te comprends...
Parlez d'eux encore et encore, entretenir se dialogue intime avec eux..
La vie d'ermite que tu vis au quotidien pour te préserver de l'indifférence de ta famille et de la maladresse de tes collègues me semble être un chemin difficile,j'espère que tu y trouves une forme de paix ainsi que de la force.
Douloureusement on tâtonne pour essayer de faire face...
Ma vie de quasi ermite ne m apporte ni force ni paix, c est juste un evitement de la souffrance qu ajoute le contact avec les autres. J aurai prefere qu il en soit autrement. J aurai peut etre moins eu le sentiment d echec total de ma vie. C est ainsi.
Et maintenant j aimerai etre seule a noel. Car a quoi bon supporter de voir ma soeur avec son mari bien comme il faut et leurs 3 filles toutes pimpantes qui me saoulent de tout ce qu elles racontent, puisque on ne se voit qu une fois par an desormais, pour noel ...Et ma mere, agee, qui me demande chaque annee de m occuper pour elle des cadeaux des 3 filles de ma soeur alors que moi j ai perdu ma gamine.... ! Faut l encaisser ca ...
Non vraiment je prefere " ne pas " : ne pas repondre aux ' ca va ? ', ne pas voir ma soeur et sa famille bien au complet, ne pas avoir a remercier pour des cadeaux une fois par an alors qu on me laisse choir les 364 autres, ne pas jouer la comedie de noel, ne pas revenir dans la vie sociale, ne pas etre courageuse, ne pas faire le deuil, ne pas accepter sa mort, ne pas.
Je dirais que je suis une ermite intermittente. J'ai depuis longtemps compris qu'il n'y avait pas à espérer ce que les autres ne peuvent, pour diverses raisons, me donner. J'ai aussi compris que moi-même ne pourrais probablement plus comme avant donner ce qu'ils pouvaient espérer attendre de moi. J'ai parfois l'impression que cela rétablit un peu l'équilibre dans nos relations.
Ce n'est bien sûr pas évident tous les jours, la colère ou l'amertume de me sentir autre aux yeux des autres prend parfois le pas. L'incommunicabilité ressentie est souvent douloureuse.
Après plusieurs années de solitude intense (non pas d'isolement) j'arrive parfois à me "nourrir" de ce que les autres peuvent apporter. Non pas l'oreille et le cœur attentifs que je souhaiterais, mais une présence "bienveillante", un courant d'échanges (autre que le deuil) sur les sujets qui m'occupent et me tiennent à cœur.
Les complets indifférents, les plus-que-maladroits, je zappe.
D'aucuns considéreront que ce ne sont que des miettes, et je les considère souvent ainsi en regard de ma vie passée mais elles participent à ma survie et à une vie, entre parenthèses ... Cela ressemble assez à une vie de protozoaire, mais la "vie" a débuté ainsi ....
Je ne veux pas non plus ici oublier nos enfants, qui accompagnent avec constance mes manques autant que je peux les accompagner dans leur vie d'enfants sans père... Ce serait injuste de faire l'impasse sur cela...
En ce qui concerne des "obligations" sociales et familiales, je ne me suis obligée à rien du tout. Dès le départ, j'ai dit ou fait ce qui me correspondait à ces moments. C'est vraiment le seul truc dont je ne culpabilise pas ! Même si cela a mis fin ou distendu des relations déjà un peu compliquées..
N'est-il pas possible pour toi d'expliquer que si les années passent, l'absence est toujours intensément présente, et que tu ne peux envisager d'être au diapason d'un bonheur obligatoire ? Il me semble que toute personne dotée d'un peu de sensibilité devrait pouvoir comprendre ?
Le Ne pas ne devrait pas tout envahir ...
J avais cru qu ici on avait le droit d ecrire ce que l on ressent, mais la comme ailleurs il faudrait preferer le leger. Le forum non plus finalement, je prefere "ne pas".
Au revoir, merci de tout et bon courage a tous. Bien a vous. Anic
On a en en effet tout à fait le droit d'écrire ce que l'on ressent. Mon message n'avait pas d'autre intention que de partager un peu. Le léger, je peux t'assurer que je ne connais pas beaucoup. Je regrette si mon message t'a blessé, mais si tu le permets, je ne l'effacerai pas. Il y a eu ici beaucoup de rubriques complètement dénaturées ou amputées de leurs propos qu'il est parfois difficile d'y retrouver un quelconque cheminement. Je m'effacerai, moi. J'ai toujours pensé que ce que nous écrivions était un peu ce que nous étions, à un moment donné...et je me demande si tu ne te trompes pas, ici, de colère. Nous te lisons, t'écoutons et te comprenons, quoique tu puisses en penser.
Désolée de t'avoir fait de la peine ou d'avoir alimenté ton désarroi,
Faïk
Bonsoir Anic
Reste avec nous on a besoin de toi
D ailleurs on besoin de nous toutes et nous tous
Et puis on dit ce qu on peut, on fait ce qu on peut c est cela la vie d un e endeuille e
Chaleureusement
Philippe
J'arrive après la bataille...
Je ne crois pas que ce que tu as écrit, Faik, soit blessant... je le ressens moi comme un partage bienvenu de vécus, un témoignage, un éclairage...
et j'espère que pour toi Anic c'est pareil...
Je suis très désolée si tu t'éclipses d'ici...
je nous sentais soeurs de misère...
mais je te comprends intensément...
L'obligation d'aller mieux, d'être légères et pas plombantes...les "conseils" ou les jugements...surajoute
du mal au Mal...du poids au chagrin...et c'est très dommage sur un forum censé permettre à chacune de déposer une part du fardeau infernal qu'est la vie après la mort d'un enfant...la vie après la mort d'un essentiel...enfant, amour, parent...
Tristesse du soir...
Bonsoir Anic
J espere qu' avec tes activités tu trouveras une once d apaisement
Sinon je suis la et les autres membres de ce forum pour t écouter
Bien sincèrement
Chaleureusement
Philippe
Je ne retrouve pas ta dernière intervention...
Je voulais seulement saluer le courage et le désespoir d'oser évoquer le suicide de ta fille...
l'écrire ici avant d'en partir...
Je pense à toi...
Anic
Moi aussi je pense à toi
Philippe