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Dans la continuité de notre amour.

Démarré par coeur, 26 Janvier 2015 à 21:20:33

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coeur

Ancienne de TLD, il y a bien longtemps que je ne suis venue ici .
Sans doute une nouvelle phase de découragement, de passage à vide, de sensibilité exacerbée m'oblige à faire un point de mon vécu.

Comment trouver les mots pour dire le désespoir, presque plus dû à l'annonce de la maladie plutôt qu'au décès, celui-ci étant  "estimé" dès le diagnostic de la maladie ?
Je n'ai pas eu le temps ni la possibilité de comprendre ce que cela devait entraîner dans les mois qui ont suivi ni de "digérer" le fait que mon mari allait mourir avant ses 60 ans !
L'accompagnement, l'entourage que j'ai pu mettre en place autour de lui, c'était la normalité, la suite de mon amour pour cet homme qui m'a apporté tant de bonheur pour peu de temps tout compte fait, 17 ans de mariage.

Je me suis oubliée, je n'ai vécu que pour lui et par lui, au rythme des visites médicales, des hospitalisations, des analyses biologiques, des ordonnances à faire accepter.
De sa femme, de son épouse, je suis devenue infirmière, gouvernante, régisseur de la maison et du jardin, diplomate pour lui laisser le rôle de "maître de maison".

Il a laissé sa vie, j'ai laissé ma santé.

Seul notre, mon amour a résisté.

J'ai pu être en mi-temps thérapeutique, me permettant ainsi de continuer le travail et de passer de longues heures les après-midi à son côté, que ce soit à la maison ou lors de ses hospitalisations.

L'entourage familial et amical a pris de la distance. Beaucoup de distance... Par manque de compréhension ? ¨Par peur ?
Par difficulté de dialogue ?
Comment prendre le temps d'expliquer l'inexplicable ? L'issue intolérable à envisager ? et que d'ailleurs on se refuse soi-même à envisager..... jusqu'au moment !

Il a fallu tenir 3 ans dont les 9 derniers mois ont été à la fois très longs en tant que douleur et très courts, beaucoup trop courts....
Égoïstement, je l'aurais bien gardé encore et encore mon coeur....

Puis est venu encore un temps à tenir. Tenir devant les démarches, la reprise du travail à temps complet et je dirais, de la tenue du quotidien à temps complet. Mais, seule désormais. Dans une bulle de détresse que peu de personnes ont tenté de briser.
Sans doute de ma faute. Inapprochable ? Difficulté à parler ? Envie de parler de ma douleur, de mon coeur. Alors que le "monde" souhaitait ne pas aborder le "sujet", difficile ou tout simplement retour à leur petite vie quotidienne ?

La mienne de vie a été explosée. J'ai perdu mon mari, mon ami, mon confident, mon amant, mon protecteur, ma moitié.
J'étais devenue bancale, unijambiste, au bord d'un précipice insondable.

Des hauts, de tous petits hauts ont commencé à succéder à des bas, de grands, très grands bas.
Impression de m'enfoncer dans une piscine de plus en plus profonde. Je ne savais plus nager, je ne faisais que me battre contre les éléments, les vents, les eaux, la terre entière.

Et puis, des petits défis lancés à moi-même, réapprendre à faire des repas à heure fixe, même pas très équilibrés, il avaient l'avantage d'exister. Réapprendre à me coiffer, me maquiller, un peu. M'habiller (obligatoire si on veut travailler).
Mais tout ceci surtout pour lui, parti, qui aimait me voir et me regarder dans ma meilleure présentation.
Ce n'est pas parce que je ne voyais plus ses yeux que ses yeux ne me voyaient pas.

D'ailleurs, j'ai longtemps fonctionné ainsi (et encore maintenant), je fais pour lui, en pensant à lui, en lui prêtant mes yeux pour observer un beau paysage, par exemple.

L'année qui a suivi m'a montré et prouvé que je pouvais "gérer" ma barque, avec quelques, beaucoup d'écueils bien entendu.
Il est avec moi. Il m'aide au plus profond de moi. Il est entré petit à petit en moi au point que je ne me sens plus tout à fait seule, son amour, notre amour est ma meilleure couverture.

Je me suis fixé un cap. J'essaie de le tenir encore.

J'ai eu la chance de rencontrer avec TLD des personnes biens, de bonnes personnes, qui ont accepté de m'écouter, de me conseiller, même sans le vouloir.
Par ailleurs, j'ai pu me faire de nouvelles connaissances, des amies de galère, avec lesquelles je peux partager, douleur, peine, mais aussi joie, douceur.

Car il faut bien le dire, les amis du couple ne sont pas devenus les amis de la veuve, la famille du couple n'est pas restée la famille de la veuve.

Il faut donc aller de l'avant, avancer parait-il. Pour aller où ? aller vers quoi ? aller pour qui ?
Ces questions sont toujours sans réponse.
Ou plutôt si, une seule, toujours la même. Parce qu'il l'aurait voulu.
Tout simplement.

En mars débutera la 3ème année. Quelle sera le challenge ? car s'en est un, il ne faut pas se leurrer. Le challenge de la survie, le challenge de la continuité.
Le choix, je l'ai eu après son départ. Car on a toujours le choix. Celui d'arrêter la souffrance, de cesser la survivance.
Je ne l'ai pas fait.
Je n'ai donc plus qu'un choix, celui de continuer, de poursuivre mon chemin caillouteux où chaque obstacle me fait douter, me fait tomber.
Mais le choix est fait de me relever, difficilement, avec des bleus à l'âme de plus en plus forts.

Mais une certaine douceur m'a envahie. Les larmes sont souvent plus tendres, une certaine chaleur me remplit alors.
Une nouvelle vie se crée. C'est peut-être par ce que l'on entend "refaire sa vie" ?
Moi, je ne la refais pas, je la continue.

J'ai "accepté" son départ, j'ai "accepté" de tourner la page du livre de ma vie.
Mais comme tout livre, le chapitre que je commence à écrire actuellement est issu des chapitres précédents, il sera emprunt de son amour, de notre amour, car cela seul survivra.

Merci pour ceux et celles qui ont accepté de me lire jusqu'ici.



"Tenir, toujours tenir ! Tenir le cap ! Envers et contre tout ! Dans la continuité de ton Amour !"

Eva Luna

une belle déclaration d'amour...puisque ta vie d'après sa mort est encore un chant d'amour pour lui...je suis touchée...

Yentel

Coeur,

Merci pour ce magnifique message... Je suis trop bouleversée pour trouver d'autres mots, mais... à bientôt...

Yentel
"Quand tu regarderas les étoiles dans le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors, ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles.  Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire" (A. de Saint-Exupéry)

Lui et moi


qiguan

très beau témoignage
qui à la fois nous montre espoir et témoigne des difficultés que tu as
merci
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char

Dji

Merci coeur pour ce beau message.
Comme toi nous avons décider de continuer même si cela est très difficile .
Tes mots nous donnent l'espoir de jours plus doux.
Je vais faire comme toi le faire vivre à travers moi.
Amitié et encore merci
Dji

carole181314

Merci...Une lueur d espoir dans le noir de mes journees....Merci

Mamoure

merci de partager avec nous
ton message m'a beaucoup touché , tellement d'émotion en te lisant
amitiés

coeur

Vos réponses à mon message me sont allés droit au coeur.
Merci.

Le passage est difficile en ce moment, dans deux mois, deux ans....

Comme par hasard, le medecin prolonge mon arrêt de deux mois !

Objectif, continuer à dépolluer notre maison de choses sans importance, à ranger, trier, prendre de nouveaux repères dans mon environnement.
Et me soigner, marcher ? Piscine ? Reprise de l'atelier decriture ? Reprise du yoga ?
S'occuper de moi ! Enorme defi !

"Tenir, toujours tenir ! Tenir le cap ! Envers et contre tout ! Dans la continuité de ton Amour !"

carole181314

Difficile de s occupper de soi. Pourtant c est important...Je crois qu il faut apprendre...

Courage ...

Carole

fabisa02

Oui apprendre à son occuper de soi.....
difficile quand l'envie n'y est pas. ...
"être forte pour toi ma fille, pour que tu sois toujours fière de moi.  tu voulais que je sois bien, heureuse, mais sans toi c'est si difficile., voir  impossible.
Je lutte jour après jour pour tenir le coup pour toi, pour tout le monde pour moi.
Je te promets je ne lâcherai pas...je t'aime  Cindy

qiguan

quand il n'y a pas l'envie
on peut s'obliger à des minimas pour les autres : nos enfants et notre défunt qui n'aurait jamais voulu que l'on ne fasse pas le minima !
par contre j'ai analysé avec ma psy que tant qu'on est avec que le mental, les injonctions il faudrait on doit peser le bénéfices par rapport au coût de l'effort
si ce coût est trop lourd voire parasite la sérénité minimale du deuil il faut savoir patienter !
et avant de se lancer dans des engagements longs commencer par une seule action par jour sur certaines choses ou un test court sur une semaine
souvent le leurre est de revenir aussi vers des choses qu'avant on aimait ... on souffre souvent plus en les reprenant que d'aller vers du tout neuf
où ne sachant rien on est capté par l'activité !

coeur tu as peut être lu mon fil http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/depuis-le-23-avril-2014/msg53663/#msg53663 et vu l'exercice d'écriture ...
Tu as peut être du voisinage ou de la parenté qui a un chien tu peux accompagner leurs sorties au départ ...

attention à ne pas se brusquer ! nous avons besoin de douceur
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char

coeur

Et quand on n'a pas d'enfant ? Pas de famille, on fait quoi ?

Tout gérer en même temps, c'est mission impossible.
Il faut apprendre à poser, se poser la bonne question, comme me le dit et redit une amie
- est-ce bon pour moi ? Oui. Donc je prends
- non ? Alors je ne prends pas...

Simple ?
Pas si simple que cela.
Mais n'oublions pas que nous sommes des écorchés de la vie.
Qui mieux que nous-mêmes peut nous soigner  ??.....

"Tenir, toujours tenir ! Tenir le cap ! Envers et contre tout ! Dans la continuité de ton Amour !"

qiguan

voici une autre personne comme toi sans famille
http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/insurmontable/

c'est l'obligation de s'assumer sans doute
je ne peux pas répondre car je m'appuies tant sur ma fille, ma petite fille ... comme ancrage
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char

Dji

Coeur
Moi je tiens pour mes filles, mes cadeaux de la vie.
Quel courage tu as et que d'amour dans tes écrit .
Je pense beaucoup à toi et tout se que tu nous fais partager quelle belle leçon de vie