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Parent divorcé et désenfanté

Démarré par résilience et silence, 22 Juin 2018 à 08:57:43

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résilience et silence

#705
Bonjour.
Il fut un temps où parole donnée suffisait à pacter. "Donner sa parole" engageait à la respecter. Certains de mes bouquins mettent du temps à arriver! Fédo vient de recevoir le sien, venu à pied, il faut croire,  :), car envoyé depuis un bail! Sérieux, merci aux femmes/hommes de lettres, les postier(e)s, héros ordinaires, grâce à vous, rhizome de confiance circule bien dans ce travail souterrain de l'invisible que notre condition d'en-deuillé(e)s nous amène à cultiver.

Citation du Monde Diplomatique, mai 2020, p 17 :
"L'enjeu (de la transition écologique) n'est pas d'exalter l'esprit de sacrifice, mais d'apporter aux métiers une reconnaissance à la hauteur de leur contribution à la satisfaction de véritables besoins....On ne changera pas un imaginaire collectif vieux d'un siècle sans que films, romans, chansons ne contribuent à élever les aides-soignantes, les recycleurs et les paysans au rang qu'occupent dans l'univers des fictions les hommes d'affaires, les avocats et les informaticiens".

Je crois que nous, les en-deuillé(e)s, nous avons suffisamment sacrifié, et que des fois, il y en a un peu marre. Et d'ailleurs, une grève légitime affecte la distribution de journaux!

Solidairement! Bizs à vous.
Pascal.

résilience et silence

#706
Bonjour!
Vous savez toutes et tous, pour celles et ceux qui connaissent nos partages, à quel point je me suis attaché à traduire au fil de ce cheminement de Papa-deuil, l'essence de mes ressentis.
Avez-vous vu ce film, "Le passé", du cinéaste iranien Asghar Faradhi  (toujours en replay sur Arte)?  Le final, plus particulièrement. Une femme, dans le coma suite à un acte suicidaire...Elle est là, depuis des mois, sans que les médecins puissent se prononcer sur son état de conscience. Pris dans ses propres tourments, son mari tente de solliciter un acte volontaire de sa part : réagira-t-elle au parfum qu'elle aimait qu'il porte? Le serrement de main attendu en réponse ne viendra pas, mais une larme coule de son oeil immobile, avec une volonté du réalisateur que seul(e)s les spectateurs la voient....Le mari ne la verra pas.
En de nombreuses occasions, j'ai évoqué notre double mouvement : avoir un âge "de naissance", 65 ans pour moi, et un âge de deuil, un 4 bientôt pour moi.  Ce 4 qui deviendra 5, 6, 7...peut être, est parfois maître de maison..Il prend les rennes. Souffrance, douleur, fuite de l'endeuillé(é) ou signe  qui surgit, comme ça, soudainement, sans prévenir. Parfois, en deuil apaisé,  il est là, +4,  blotti au fond de moi, un peu comme cette femme dans le coma. Mais cela ne l'empêche pas de s'exprimer au détour d'un moment, sans autre moyen qu'une larme qui coule de mon oeil sans que je pleure...Larme que j'essuie discrètement en continuant de parler "normalement",  en cette co-habitation de notre lien à nos défunt(e)s.

Je continuerai mon cheminement en lisant avec le groupe qui partagera ses textes sous égide de Yacine, ayant choisi pour ma part ce passage de mon livre-lettre  "ré-apprentissage" du plusieurs. Car, ce ré-apprentissage du plusieurs ne se limite pas au partage avec autrui, mais aussi à  ce partage du chant du vide laissé en nous par nos défunt(e)s, un chant parfois silencieux qui passe parfois par des larmes qui coulent sans que parole soit au chagrin. Et comme une personne dans le coma, nul ne sait quand elle/ils se réveillent pour parler en nous, parfois langage de douleur, de colère ou de chagrin, mais aussi parfois en langage de sagesse, ce qui rend notre cheminement  si complexe à comprendre. Il ne nous appartient qu'à moitié. je le pense de plus en plus souvent.

Merci Yacine de ton initiative, ce sera une autre page de partage qui s'ouvre.

Chaleureusement.

Pascal.

Eva Luna

A +10...
être encore soulevée d'une vague de chagrin sans mots
seule en voiture
au retour d'un très bon moment passé au soleil de la terrasse de la nouvelle maison de mon fils,
avec ma fille
et ses enfants qui jouent dans une  bassine d'eau et ou un tas de sable prévu pour le béton futur...
c'est le contrecoup du moment avec mes enfants...
le prix du moment...
le cout du moment...
pourtant j'ai de l'entrainement
j'ai 10 ans...

résilience et silence

#708
Hello!
Bon, expérience réussie : le +4 a laissé parler le 65 sans éclater en sanglots...Je me sens plus solide pour affronter d'autres moments de partage public, avec encore quelques progrès à faire côté souplesse. Mais dans cet enfer, comme le marcheur qui trace son chemin en marchant, avancer et avancer encore est notre lot. Je crois qu'à l'occasion d'un prochain voyage à Paris, j'irai faire un tour au musée Rodin histoire de saluer les fameuses portes...sans non plus chercher un paradis, parce que ça, j'y crois pas, ni à celle d'une compassion de la souffrance qui nous lierait dans un tableau à la Hyéronimus Bosch...Je m'y retrouve mieux dans cette "Vénus à tiroirs" de Dali, à ne pas enfermer la mort dans un tiroir de douleur qui ne s'exprime que dans une sorte de délice de son côtoiement...J'exècre la souffrance, même si elle doit avoir sa place, ce n'est pas sur un trône. La douleur et la souffrance, je n'en suis pas un adepte, même si je fus sidéré, cloué comme Véronique, et bien d'autres personnes,  par sa brutalité.. Je salue ton immense courage, respectueusement et sincèrement, Véronique, avec le temps et la force qu'il faut à être  lutteuse ferme pour atténuer leurs tourments : penser, écrire poème ou livre, c'est aussi panser béance par les mots qu'elle dit quand vies furent prises par de  si terribles incendies...Justice sera faite mais n'éteindra pas colère de l'injustice. ça, c'est à nous de l'affronter, notre Grande Ire, comme je l'appelle dans mon livre. L'inconscient est atemporel, il ignore le temps et la mort, mais pas nous, 20 ans, 4 ans, 10 ans, c'est nous qui nous écoulons dans ce temps, avec nos moyens, simplement humains.
Merci + 4 de m'avoir laisser tranquille avec ma Cheyenne à mes pieds et merci aussi à Yacine de cette initiative, ainsi qu'aux autres participants. Un pas de plus.
J'aimerais me procurer le book d'Hélène sur le deuil périnatal. Quel témoignage!

Bien à vous.

Pascal.

katrinap


Eva luna, pascal
comment vous dire mon admiration de voir votre capacité de résistance?  le chagrin sera toujours là Eva Luna je le sais et sans doute accru en post confinement, on ne se rend pas toujours compte même si on pense avoir bien traversé cette épreuve qu'on peut vivre un choc post traumatique même si le mot parait mélodramatique
je pense à mon père en permanence et traine ma douleur comme il y a 3 ans sans que cela se voit de l'extérieur, mais je pense que le déconfinement et la situation qu'on a tous vécus chez soi y contribue
Je me dis que perdre son père est très dur mais aucun mot pour avoir perdu son enfant
je pense fort à vous, mes mots sont creux mais mon affection envers vous deux ne l'est pas
bises
katrin







Citation de: Eva Luna le 31 Mai 2020 à 20:55:45
A +10...
être encore soulevée d'une vague de chagrin sans mots
seule en voiture
au retour d'un très bon moment passé au soleil de la terrasse de la nouvelle maison de mon fils,
avec ma fille
et ses enfants qui jouent dans une  bassine d'eau et ou un tas de sable prévu pour le béton futur...
c'est le contrecoup du moment avec mes enfants...
le prix du moment...
le cout du moment...
pourtant j'ai de l'entrainement
j'ai 10 ans...

résilience et silence

Ah, merci d'être là, Eva comme Katrin dans notre job d'en-deuillé(e)s à plein temps! Aussi apaisés soient nos deuils, il reste toujours du partiel, des fois vif, des fois au repos...Le "réquiem in pace", c'est pas pour les vivants...abstinents d'une souffrance crue des débuts, elle n'est pourtant jamais éteinte, à nous rendre vigilants de la fragilité de nos acquis sur son terrain...
Résistants. Oui. Comme on peut.

Bizs tt plein.

Pascal.

résilience et silence

Bonjour!
Ne pas accepter...Anic, je partage ton avis. Comme nous disons dans les thérapies déconcertantes, "à partir de maintenant, tout ce que vous dites va être retenu pour vous". Face à ce tandem, colère et non-acceptation, totalement légitimes,  je retiens cette question : qu'est-ce qui a mis en réussite le changement?
Colère m'a habité 3 ans. Elle m'a aidé à ne pas sombrer dans la dépression. Une bonne alliée, une force de vie, une source d'épuisement aussi. Car vivre en colère est fatigant, à terme, à se fracasser contre des murs qui ne changeront pas. J'ai demander à m'en délier, de cette Grande Ire, en brûlant chardon...Et, au fil des mois suivants, j'ai continué à ne pas accepter, mais sans avoir à faire avec cette colère que je pouvais alors affronter sans m'y consumer : le feu l'avait fait pour moi.
Et, progressivement, des choses ont changé. Non que les murs soient tombés, ils sont et resteront. Simplement, au lieu de m'y heurter, soit je les escaladais, soit, je les "passe-muraillais", soit je les longeais avec patience, soit je les ignorais, les esquivais, traçant d'autres chemins...multiples possibles d'adaptation à ce qui ne changera pas, sauf moi, seul espace où je puis agir en toute légitimité. L'interaction avec la colère est comme un bâton: il y a 2 bouts et quand j'ai lâché le mien, il m'a été simplement plus facile de ne pas accepter, d'agir différemment sans accepter. Ce n'est pas miraculeux, mais ça marche. Ne dit-on pas, je me répète un peu, que le marcheur trace son chemin en marchant?
Quand on traverse l'enfer, marche, avance, marche, avance encore et encore et encore...quitte à penser l'enlisement, la rage impuissante, la colère inextinguible, l'indifférence, l'ignorance, l'obscurantisme et j'oublie bien des aspects de ce marécage...Peut-être que finalement le marcheur pense son chemin en le marchant?
Je sais, un peu métaphysique, tout ça, mais j'ai pas mieux dans mes valises!

Bizs.

Pascal.

Anic

Bonjour Pascal,
Il y a les petites bougies d anniversaire que les enfants soufflent, fiers de grandir, et nous avec.
Il y a les bougies hommage/pensees qu on laisse longuement briller, nos larmes avec.
Une reflexion de Vladimir Jankelevitch, qui m a fait beaucoup de bien, qui te parlera peut etre, pour toi qui aime les mots, pour ta fille Javotte nee il y a 31 ans :
" Celui qui a ete ne peut plus desormais ne pas avoir ete : desormais ce fait mysterieux et profondement obscur d avoir ete est son viatique pour l eternite "
Je sais cette inevitable souffrance des dates et ce combat pour, avec Jankelevitch, dire : " ce jour de juin, ma fille est nee "
Bien a toi Pascal
Anic

"Gardons vivant ce que nous avons frole ensemble de plus haut" Christiane Singer

résilience et silence

#713
Merci Anic de ce joli message.
Oui c'est un mot particulier que celui de "viatique". J'ai été ouvrir mon Larousse! Sa racine latine, "route", colle bien avec ce que je ressens. Nos enfants défunts ont été, elles/ils sont en nous, et leurs âmes continuent leur route, dans un tout un chacun ou plusieurs qui échappe à notre entendement de vivants...Pour autant, il y a en elles ce qui fût, pour l'éternité, un bout de route que nous avons partagé, que nos propres âmes rejoindront un jour dans ce grand tout dont on ignore la forme et le  destin.
Résumer une partie au tout est de l'idéologie et résumer le tout à une partie est de l'idiotie....Distinguer sans disjoindre nous échoit, comme seul possible d'oeuvrer à la paix comme cadeau d'anniversaire, ce que je fis avant-hier. Dépossédé(e)s d'embrasser et d'étreindre nos enfants dans nos bras, oui, c'est un lourd combat que de leur offrir nos propres victoires sur souffrance et douleur. Pensées à tou(te)s les En-deuillé(e)s.

Citation :
Vladimir Jankélévitch   
09 novembre 2013
En attendant le beau jour où la tolérance deviendra aimante, nous dirons que la tolérance, la prosaïque tolérance est ce qu'on peut faire de mieux ! La tolérance –si peu exaltant que soit ce mot- est donc une solution passable ; en attendant mieux, c'est-à-dire en attendant que les hommes puissent s'aimer, ou simplement se connaître et se comprendre, estimons-nous heureux qu'ils commencent par se supporter.

Pascal.

résilience et silence

La colombe tenant une branche d'olivier est un symbole largement utilisé pour la paix.
"La Paix" (détail) par Antoine Étex - Haut-relief du pilier Nord-Ouest de l'arc de Triomphe de l'Étoile à Paris.

Portail sur la Paix


La paix est un état de calme ou de tranquillité comme une absence de perturbation, d'agitation ou de conflit. Elle correspond aussi à un idéal social et politique.

Sociologiquement, elle désigne l'entente amicale de tous les individus qui composent une société. Elle n'implique pas l'absence de conflit, mais une résolution systématiquement calme et mesurée de toute difficulté conséquente à la vie en communauté, principalement par le dialogue, Psychologiquement elle désigne aussi l'état d'un esprit placide et serein et plus généralement de sentiments enthousiastes, et positifs.

L'articulation entre la paix et son opposé (guerre, violence, conflit, colère, etc.) est une des clés de nombreuses doctrines, religieuses ou politiques, clé fondamentale bien que généralement non explicite. Rechercher la paix, vouloir le désarmement, plutôt que la course effrénée vers des armes toujours plus puissantes, plus meurtrières : le pacifisme propose ces solutions face à un conflit.

résilience et silence

#715
Bonjour,
" On ne devient réellement adulte que le jour où on pardonne à ses parents de n'être que ce qu'ils sont"
Cette phrase  résonne pour moi aussi fortement que ce que tu avais souligné justement comme "une vérité frémissante", Eva, il y a 2 ans et demi, de ce Haïku : "l'étoile qui a trouvé son oeil n'a pas perdu sa nuit".
Elle me donne la piste du titre de mon tome II, rien de moins. Non dans sa formulation, mais dans sa résonance.
Le tome I du chant du vide fut sur le deuil accompli. Le tome II sera sur le deuil apaisé.
Deuil accompli qui s'ouvrit  un 21 juin de l'an dernier, travail d'un an,  deuil apaisé sera certainement le travail de l'année à venir qui ouvrira le chemin du + 5.
Pour mémoire, j'avais ouvert mon débat intérieur sur cette triple question :
Deuil accompli? Deuil apaisé? Deuil fini? Comme réponses trouvées au fil de l'écriture, un "oui" à la première, un "partiellement" à la deuxième, un "ad libitum" à la troisième.
S'ouvre maintenant ce sujet : "Même si c'est douloureux, je suis en paix avec mes morts". Et c'est en lien avec cette phrase du pardon, de l'état adulte, de la filiation et de l'affiliation, d'un l'équilibre de la paix en soi qu'il nous échoit de traduire en mots, entre "guerre et paix", grand(e)s blessé(e)s que nous sommes.
Une autre étape, à ce rythme si particulier de dates annuelles qui nous invitent à gravir une marche supplémentaire dans notre escalier du deuil, entre dates symboles et dates seuils de deuil.
Notre force reste celle du partage, de cela, je suis convaincu.

Bizs.

Pascal.

Eva Luna

L'étoile qui a trouvé son oeil n'a pas perdu sa nuit.
C'est pas de moi, mais je n'arrive pas à trouver qui l'a posté en premier...

résilience et silence

Salut Eva.
Ce haïku vient d'un de mes plus vieux ami, et il me le dit quelques temps après le décès de Javotte, alors que souvent, je scrutais le ciel nocturne, ciel nocturne nous proposant son appui par l'apparition fugace d'étoiles filantes...Signes qui balisèrent mon chemin dans bien des moments où profond désespoir risquait de m'engloutir.
Je l'ai ensuite partagé sur ce forum et ta réponse, une vérité frémissante soulignait sa pertinence....Croyances, hasards, synchronicités, quelle importance? Grand Univers et nous inter-agissons nous rappelant nos conditions : grande Nature nous envoie des messages avec ses moyens, et nous humains, les interprétons avec les nôtres....Pour moi, c'était signe de soutien de nos défunts.

Bizs

Pascal.

Adnarag

Haïkus.
Merci pour cette jolie idée d'écriture.

" Qui sait, demain, vous aurez peut être dans le reflet du soleil ... de nouvelles joies qui méritent la peine."
K.

résilience et silence

#719
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Dans l'autre sens!
Bizs Adnarag!

Pascal.