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je suis une femme en deuil "tout simplement"

Démarré par piera, 13 Décembre 2015 à 19:06:59

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milou

#210
Chère Piéra,

Le deuil est une profonde blessure qui cicatrise très lentement.

Chaque tentative pour s'affranchir de ce long temps de cicatrisation le rappelle cruellement.

A quoi bon t'en vouloir de ces moments de paix ?
Ils ont réveillé une douleur qui était cachée sous la fine cicatrice mais qui n'avait sans doute pas trouvé à s'extérioriser jusqu'à présent.

La colère et la révolte contre la maladie et la mort font hurler de douleur.  Elles sont naturelles et ne disent qu'une seule chose :  nous sommes des êtres humains ployés sous le poids du chagrin et de l'inacceptable perte.

Il ne sert à rien de ne pas vouloir les éprouver. Elles sont là, tapies au fond de soi, prêtes à surgir à chaque moment.
Mais elles ne doivent pas prendre le pouvoir,  ni pour nous mal juger, ni pour décider de notre conduite, ni pour nous laisser croire que notre avenir est sans espérance.

Merci de partager ton chemin.
Ps : oui, le ménage est un excellent moyen de liquéfier ces émotions violentes, de même que le désherbage et le ramassage des feuilles mortes....débrancher le cerveau et discipliner  les gestes dans des activités simples....faire le menage de sa maison et de son jardin pour faire le ménage en soi...

Bien avec toi.
Milou

piera

Je vais aller sur ta tombe mais je n'y déposerai rien sauf si je découvre une fleur, un caillou en chemin qui me fera de l'oeil. Je vais m'asseoir sur cette pierre et je caresserai le mimosa qui a poussé et je lèverai mes yeux sur le pin comme pour lui demander de veiller sur toi, mon amour.
Je sais déjà ce que provoquera chez moi rien que l'approche du cimetière, cette résistance qui m'arrêtera, me ralentira,  me fera trébucher, cette  incrédulité qui explosera, cette  douleur tenace, jamais loin qui m'anéantira tout à coup à cette approche. Ce même sentiment d'incrédulité, le même aussi intense aussi tenace qui littéralement me terrassera.
J'ai cru que par la force de notre amour rien ne pouvait nous séparer jamais, j'ai juste oublié la maladie et la mort.
Je nous croyais à l'abri pour toujours bien au chaud dans notre tendresse,  j'ai juste oublié la maladie et la mort.
J'ai cru que ça allait durer toujours ce bonheur bon, beau et fort, j'ai juste oublié la maladie et la mort.
J'ai cru que toujours tu serais là à mes côtés, infaillible, vaillant, beau et fort,  j'ai juste oublié la maladie et la mort.
J'ai cru que toujours tu me tiendrais dans tes bras,  j'ai juste oublié la maladie et la mort.
J'ai cru que toujours ton doux regard m'accompagnerait partout,  j'ai juste oublié la maladie et la mort.
Et j'ai dû apprendre à vivre avec cette terreur de cette maladie qui t'éloignait toujours plus de moi, de nous, du monde et j'ai dû apprendre à vivre avec cet assourdissant silence et j'ai dû apprendre à vivre dans ton absence mais dieu que tu me manques mon homme, dieu que c'est dur la vie sans toi.
Cette irréversibilité de la mort me fait hurler de douleur, de rage, de désespoir.
Tendrement avec vous.

Eva Luna

Les toujours dont  nous rêvions...oubliant la mort ...,et la maladie pour toi... durement dispersés par la Mort irréversible...nous laissent terrassées et incrédules...sommées d'apprendre à vivre avec leur absence...
Ton cri de douleur, de rage et de désespoir  résonne fort ici et ta tendresse adoucit l'onde de choc...

En partage de chagrins infinis...

Faïk

Il y a bien longtemps que tu es venue sur le forum ...

Nous avons tous cru ... avons-nous été si imprudents, si naïfs que tout nous a été contesté ?
Plus rien ne fait illusion maintenant ...

Je pense à toi

souci


kompong speu

Piera
que ce soit pour ton homme , tu as ecrit ce que j'aurais pu dire a mon fils hier un an après son depart

diane1961

Je suis une femme de 55 ans récemment endeuillée par la perte brutale de mon Amour depuis 5 ans. L'un habitait au Havre, moi à Laval mais, la distance ne freinait pas notre amour qui ne cessait de grandir....Nicolas n'avait que 41 ans lorsque son cœur a cessé de battre le 7 octobre dernier...Je suis rongée de chagrin, de la perte de ma "moitié", de ce vide, ce silence bref, de tout....Je suis désemparée, désorientée...j'ai repris le boulot 15 jours après mais, je marche à coté de mes pompes. j'ai comme un poids sur mes épaules et je zigzague dans mon quotidien....De mon mariage, j'ai eu 7 enfants mais, je n'ai pas à les "casser" avec ma peine....Nicolas laisse un fils de 15 ans....Comment faire face? Pourquoi me dit-on que je vais faire une dépression ?....J'essaie de "rebondir" mais, le cœur n'y est pas ....
Tendresse à vous tous
Diane

piera

Toujours aussi touchée par vos témoignages, messages, imprégnés d'une belle humanité, je ne suis pas très causante mais je vous lis toujours avec douceur et tendresse.
Merci pour vos retours.
Tendrement avec vous.

Stana

  J'espère de tout mon cœur que ça n'a pas été trop dur Piera  :'(  ton témoignage me touche profondément. Je trouve que c'est une belle idée que tu as eue là, de ne pas apporté de fleurs mais prévoir de ramasser, éventuellement, un joli caillou, ceuillir une fleur éventuellement, en route...s'en remettre au hasard qui n'en est pas toujours  ;) 

  Je ne te comprends que trop: moi non plus je n'aurais jamais imaginer que mon compagnon pouvait mourir, surtout au bout d'un an de relation  :'( est-ce-qu'on y pense, à la mort, quand on est heureux avec quelqu'un? Est-ce-qu'on peux envisager qu'il puisse mourir? C'est inimaginable, impensable! On ne peux tout simplement pas l'envisager. Comment le destin pourrait-il nous enlever un amour aussi fusionnel, aussi complet?...On pense que l'amour vient à bout de tout, immunise contre tout...et pourtant si, il peux vraiment arriver n'importe quoi à n'importe qui.
  Merci de nous lire toujours.
  Je pense à toi  :-* :-* 
*Où que tu sois, ne m'oublie pas. Ici, ta voix résonnera encore et toujours. C'est un nouveau monde qui s'ouvre à toi; mais c'est un monde où je ne suis pas...* (Dark Sanctuary)

piera

Les jours, les mois ont passé et même si, et bien que, je tienne debout, je « gère » ma vie ou serait-ce ma vie qui me gère ? Bref, j'endosse ma casquette de mère, de fille, de soeur, d'amie, de marraine, ma casquette professionnelle aussi et même celle d'amoureuse mais et je dis bien MAIS je suis et reste encore, par devers, par dessus, avec, et contre TOUT une femme en deuil.
L'homme de MA vie est mort et il me manque toujours aussi cruellement, terriblement et douloureusement.
Les déferlantes s'espacent mais reviennent toujours aussi fidèles et terribles.
Et parfois, souvent, trop souvent, je me demande à quoi bon, et j'ai une terrible envie, une envie irrépressible de m'endormir pour de bon.
Tendrement avec vous.

souci


    Bonsoir, piera,

    à l'Ouest rien de nouveau ...
    à l'Est, on attend que ça se lève ...

    Bien solidairement, Martine.

*Ephémère*

Voilà.
Cette incroyable énigme : comment cela a-t-il pu arriver ?
Dans cet impensable, les questions sans réponse.
La tempête qui arrache les arbres,
Les tourments qui volent nos nuits.
Et l'orage qui vient noyer nos regards et inonder nos joues.
Jusqu'aux matins soleil,
Qui nous rendent à la vie,
Et qui réveillent le temps des souvenirs sans les larmes.
*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Mononoké

elia
je t'envoie tendresse et affection, j'aimerai tellement pouvoir t'aider, ne serait-ce qu'un peu
tendrement
"Tu ne sais jamais à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option". B. Marley

"Un arbre qui s'abat fait beaucoup de bruit ; une forêt qui germe, on ne l'entend pas." Gandhi

Anneso85

Tendres pensées pour toi en ce mois de février. Beaucoup de douceur et tout soutien possible.
Et MERCI à toi pour tes mots si beaux, si justes.
Prends soin de toi
Anneso

piera

Chers compagnons de route,
Les années ont passé, bientôt trois ans, maintenant.
Trois ans de traversée du désert, de descentes aux enfers régulières, cycliques où le découragement m'assaille, où les forces m'abandonnent où je n'ai plus envie que d'une chose, mourir, m'endormir et ne plus rien ressentir, ni rien éprouver mais surtout que cette douleur cesse.
Et puis parfois, je relève la tête et la vie reprend cahin-caha mais une chose est sûre, c'est une autre vie que la mienne, désormais.
Ces hauts, ces bas m'ont rendue à l'évidence, le passé est définitivement révolu, fini, terminé.
Jusqu'à cette prise de conscience, je pleurais, certes, sa mort, mais je pleurais aussi ma vie passée, ma vie avec lui, ma vie de femme comblée, épanouie et rayonnante.
Je pleurais de frustration, de rage qu'on m'ait arraché non seulement mon homme mais toute cette insouciance de ma vie heureuse. Cette insouciance d'une vie qui ignore la mort, qui se refuse à la voir, qui la nie et la nargue.
Cette insouciance-là n'est plus et ne pourra plus jamais être.
Je crois que c'est en partie cela qui m'a ouvert les yeux et ouvert aussi la conscience.
C'est cette conscience-là qui  fait de moi la femme que je suis en train de devenir.
Une femme qui se cherche dans de nouvelles relations, une femme, je ne veux pas paraître prétentieuse, plus clairvoyante, au regard aiguisé sur la vie et les autres.
Je suis devenue à la fois plus vulnérable mais paradoxalement aussi plus forte, plus intransigeante et plus vraie. Le paraître que je n'ai jamais aimé m'est devenu insupportable, le mensonge intolérable et mon regard balaie les faux-semblants. Je me relis et je me dis quelle prétention !
Et pourtant, je sens tout cela. Cette épreuve m'a rendue affreusement exigeante.
Avant si j'avais conscience de mon bonheur, je n'ai jamais réalisé à quel point  l'amour que je partageais avec mon homme était exceptionnel. Un amour exigeant, construit, entretenu, un amour inconditionnel, des échanges futiles, anodins, profonds, sincères, des différends aussi que l'on tentait de dépasser mais jamais d'ignorer, un partage fécond et surtout une indépendance et une confiance aveugle. J'étais libre de mes mouvements, libre de mon emploi du temps mais notre amour était le moteur de cette énergie, de cette curiosité qui me poussait au dehors pour venir nourrir notre relation. Je n'étais pas sa moitié. Il n'était pas la mienne. Nous étions bien différents mais cette différence et ce respect de l'espace de l'autre a nourri cet amour qui n'a fait que se renforcer avec le temps.
J'avais le sentiment que c'était normal, que les couples amis autour de nous partageaient ce même amour. Je réalise, aujourd'hui, à quel point ces couples-là sont rares. C'est principalement dans ce forum que je les rencontre. Je découvre ces grandes (courtes ou longues peu importe) histoires, des histoires tronquées, amputées, c'est à travers vos récits  poignants que je me sens vraiment au diapason avec vous, inconnus du forum, c'est là que j'entends l'écho de ce que j'ai vécu et de ce que je vis.  Je constate aussi avec tristesse et amertume que la plupart des couples vivotent, s'accommodent, voire se supportent.
Je sais aujourd'hui que je veux vivre, je sais aujourd'hui que je veux aimer à nouveau, être aimée en retour mais pas à n'importe quelle condition. J'ai pris beaucoup de distance avec mon cercle social. Je ne veux pas que l'on m'enferme dans celle que j'étais. Continuer à fréquenter certaines personnes que je continue à apprécier, par ailleurs, me coûte parce que j'ai le sentiment que cela appartient au passé. J'ai besoin de rencontrer de nouvelles personnes, de construire un autre cercle qui correspond à cette femme que je suis en train de devenir. Et puis, je suis devenue beaucoup plus solitaire. J'ai besoin de temps et d'espace pour accueillir ce renouveau. J'ai besoin d'apprivoiser ce changement.
Je me serai bien passée de cette épreuve, j'aurais tellement aimé vivre encore à ses côtés mais j'ai arrêté de me taper la tête contre les murs, arrêter de hurler à l'injustice. Oui, je pleure encore, oui je suis triste encore, 3 ans c'est long et c'est court, 23ans de vie commune, j'ai eu le temps de m'accoutumer au bonheur.
J'ai choisi de lui survivre, pour moultes raisons, la première, notre fille, je suis le parent survivant.
Je ne lui ai pas caché ma tristesse. Je ne lui ai pas caché ma détresse mais je suis restée debout.
Je l'ai fait certes par devoir mais surtout par amour. Cette survivance me coûte une énergie folle mais je sens que je retombe petit à petit sur mes pieds. J'ai la chance d'avoir un métier que j'aime. Je dirais même que c'est le seul point stable après ce tsunami. Dans mon métier, je suis restée identique, dans mon métier je me reconnais, j'ai un point d'ancrage et je crois que cela m'a été d'un grand secours.
J'ai même tissé une relation amoureuse, mais notre histoire et la femme que je suis, m'a rendue exigeante, je ne veux pas d'un soutien, je ne veux pas juste d'un réconfort. Je ne veux pas être rassurée, je veux une vraie histoire qui me fasse palpiter. Je veux retrouver cet amour fort et intense, je sais que cela est possible. Et si je ne rencontre pas l'homme et bien je préfère rester seule, je ne suis pas prête à des compromis de confort. Ils me coûtent de ne pas pouvoir me regarder dans la glace. En ce moment, je serre les dents, je serre les poings mais j'ai le sentiment d'avancer un peu.
J'ai trouvé une aide fabuleuse en une psychiatre très compétente. Elle ne m'abreuve pas d'antidépresseurs mais elle m'aide à connaître celle que je suis. Je me reconstruis grâce à ces entretiens féconds, douloureux mais porteurs. Cette thérapie pour moi est salutaire. Un bon psychiatre, je pense que c'est précieux.
Voilà, je tenais à vous partager cela, je continue à parcourir le forum, le coeur gros souvent, aucune histoire ne me laisse indifférente, elles parlent toutes d'amour et encore d'amour, ce moteur qui nous permet d'être au monde même si on nous a arraché un essentiel à nos vies.
Tendrement.
Piera